102è Année - Un siècle d’information - www.lematinhaiti.com - Dernière mise à jour : 13/02/2014 14:53:09   23 Nov 2014-03h25
Haïti/Caricom
Le français à la Caricom : pour quel public et quels objectifs ?
Le vieux débat sur le créole et le français est revenu sur le tapis à l’occasion du 24ème Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement tenu à Port-au-Prince les 18 et 19 février 2013. Les débats sur cette question sont nés de la demande du président de la République, Michel Martelly à la 32ème réunion ordinaire de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Caricom le 1er juillet 2011, d’adopter le français comme langue officielle et de travail au niveau du secrétariat et d’autres instances de la Caricom. La démarche du chef de l’Etat haïtien semble porter fruit.
M. Fritz Deshommes
Le vieux débat sur le créole et le français est revenu sur le tapis à l’occasion du 24ème Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement tenu à Port-au-Prince les 18 et 19 février 2013. Les débats sur cette question sont nés de la demande du président de la République, Michel Martelly à la 32ème réunion ordinaire de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Caricom le 1er juillet 2011, d’adopter le français comme langue officielle et de travail au niveau du secrétariat et d’autres instances de la Caricom. La démarche du chef de l’Etat haïtien semble porter fruit. Dans une résolution prise par l’ensemble des chefs d’Etat et de gouvernement présents au Sommet, le français a été admis comme deuxième langue de la Caricom à coté de l’anglais. Cette décision devrait être effective à la plus prochaine session de l’Organisation en juillet prochain à Trinité et Tobago. « L’intégration du français se fera progressivement », explique le chancelier haïtien Pierre-Richard Casimir, dans une intervention sur les ondes de Radio Vision 2000, informant du même coup que la France a toujours été très intéressée par l’intégration du français au sein de cette organisation régionale et souhaiterait que des départements d’outre-mer comme la Guadeloupe et la Martinique soient admis comme observateurs à la Caricom.

Selon les estimations, dit-il, l’intégration du français coûtera à la Caricom au moins 1.7 million de dollars américains par an. En ce sens, Haïti devra augmenter sa quote-part. Voulant s’écarter du débat sur le créole, Pierre-Richard Casimir dit reconnaître que le pays a deux langues officielles, mais il était plus facile pour le gouvernement de convaincre l’international d’accepter l’intégration du français en lieu et place du créole.

En tout cas, si le président de la République tire satisfaction du résultat de sa démarche, nombre de personnes de la société civile critiquent cette initiative. Jusque-là, la Caricom est l’unique organisation d’intégration régionale à avoir eu l’anglais comme seule langue officielle alors que plus de 55 % de sa population sont créolophones ou francophones. Et sur les 18 millions habitants de la Caricom, Haïti, à elle seule, représente plus de la moitié de cette population avec 10.5 millions d’habitants, soit 55% du poids démographique de l’Organisation régionale.

En ce sens, l’impact de la langue serait très important dans la conduite des négociations, des échanges commerciaux et aussi bien dans l’intégration des travailleurs et petits commerçants au sein de la Communauté caribéenne. De là se pose véritablement le problème de la langue qui devrait seconder l’anglais.

Les réactions pleuvent. Ainsi, se fondant sur le poids démographique des langues officielles utilisées au sein de la Communauté caribéenne, plus d’un pense qu’il est logique que le créole soit l’une des langues officielles de la Caricom. Pour l’anthropologue, Suze Mathieu, avoir le français comme langue officielle de la Caricom peut poser un problème d’interlocuteur. « Avec qui cette infirme minorité d’Haïtiens francophones vont-ils parler le français », se demande-t-elle tout en rappelant qu’Haïti est le seul pays francophone de la Caricom. En revanche, hormis le Surinam, qui est une possession néerlandaise, tous les autres pays de la Caricom ont en commun l’anglais comme langue officielle et un créole à base lexicale anglaise ou française comme deuxième langue.

Dans cette perspective, le comité pour la création de l’académie du créole haïtien et le rectorat de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH) ont exprimé leurs préoccupations par rapport à la proposition du chef de l’Etat. « Adopter le français comme langue officielle de la Caricom, pour quelle population ? Quel public » ?, voilà les grandes interrogations de ces responsables. Le linguiste Porris Jean Baptiste, membre dudit comité, assimile la démarche du chef de l’Etat à « un complexe caché par rapport au créole » et au vice-recteur à la recherche de l’Université d’Etat d’Haïti, Fritz Deshommes, de renchérir qu’il s’agit « d’une grosse erreur de la part du président Martelly de vouloir faire du français la langue officielle de la Caricom au détriment du créole ». Tenant compte des réalités sociolinguistiques, le créole serait la langue normale pour La Caricom, dit-il. Position soutenue par le doyen de la Faculté de linguistique appliquée, Rogéda Dorcé Dorcil, qui croit que le créole pourrait faciliter mieux les échanges au sein de la Communauté avec 62 % de population créolophone.

Ce débat fait couler beaucoup d’encre et de salive. Le créole semble avoir été toujours traité en parent pauvre. Ainsi, en optant pour le français, les autorités haïtiennes semblent ignorer leur public et leurs objectifs. Langue nationale et maternelle des Haïtiens, le créole est pourtant refoulé avec un simple statut de langue vernaculaire. Ceci, en dépit de sa consécration par la Constitution du 29 mars 1987 comme langue officielle et nationale. Les élites haïtiennes manifestent toujours une certaine indifférence à son usage. Jusqu’à aujourd’hui la véritable langue des Haïtiens n’est pas intégrée même au niveau national.

Le français demeure la langue de travail en Haïti. Les matériels de bureau, les notes, les communiqués dans les ministères, les extraits d’archives, les actes de naissance et autres sont rédigés uniquement en français. Ainsi, d’un point de vue technocratique et bureaucratique, les élites haïtiennes font peu de cas du créole. A ce titre, certains observateurs essaient de comprendre la décision du président Martelly de faire ce plaidoyer pour le français. Mais, dans une logique de marché, d’aucuns croient que le choix du créole serait plus judicieux pour une intégration réelle d’Haïti au sein de la Caricom.
Noclès Débréus
nonohaiti2007@yahoo.fr
Commentaires des lecteurs
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T-LEANDRE | 23/02/2013
Faux debat. Ceux qui pronent le creole envoient leurs enfants soit a l'etranger, soit dans les ecoles americaines, soit au lycee Francais. On n'y comprend rien. Nos manuels scolaires sont rediges en francais, les eleves n'ont que 2 heures de creole par semaine. Tout se fait en francais ... Si l'on veut du creole pourquoi envoyer nos enfants a ces ecoles " francisees"!
 
JC | 24/02/2013
Haiti a ete toujours le grand ambassadeur de la langue francaise. Nous avons fait du francais une langue officielle aux Nations Unies. Nous avons la litterature francaise la plus riche dans le monde apres celle de la France. Ca ne m'etonne pas que nous qui imposons le francais dans la Caricom. Le francais nous appartient just like English belongs to Americans.AMEN!
 
Mayo | 25/02/2013
Mw panse deba sou ki lang kap pi itil peyi a enpotan anpil.Prezidan mateli pwopoze lang franse kom 2e lang ofisyel la,se selman poul fe plezi ak kek moun.Sa fe lontan nou menm nan Union Nationale des Enseignant Haitiens(UNEH)ap mande pou leta ayisyen enpoze kreyol kom lang pou moun aprann.Men pil ipokrit ki nan tet leta yo pako janm we nesesite a.Alatristes pou pep sa
 
 
 
 
 
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