102è Année - Un siècle d’information - www.lematinhaiti.com - Dernière mise à jour : 13/02/2014 14:53:09   02 Sep 2014-00h14
Haïti/Caricom
Plaidoyer pour une nouvelle dynamique d’intégration
De son statut de membre adhérent à sa présidence à la Caricom, Haïti a franchi un grand pas dans le processus d’intégration de l’organisation régionale. Pourtant cette dynamique est remise en question car reposant sur une logique marchande et de dépendance.
Camille Chalmers, secrétaire exécutif de la Papda (photo Marc Régis).
De son statut de membre adhérent à sa présidence à la Caricom, Haïti a franchi un grand pas dans le processus d’intégration de l’organisation régionale. Pourtant cette dynamique est remise en question car reposant sur une logique marchande et de dépendance. Définie comme le marché commun des pays de la Caraïbe, la Caricom, se veut un espace d’échanges commerciaux. Depuis sa création en 1973 par le traité de Chaguaramas, le processus d’intégration a permis à 15 pays caribéens de devenir membre de ce regroupement. Les liens historiques et culturels qui tissent les rapports des peuples caribéens plaident en faveur de cette grande solidarité.

Ces pays ont tous subi la loi des puissances colonialistes européennes. C’est pourquoi on distingue aujourd’hui la Caraïbe créolophone, majoritaire et la Caraïbe francophone, anglophone hispanophone et néerlandophone. Un processus de décolonisation a, cependant, permis à certains pays de cette région d’obtenir leur indépendance. Haïti a ouvert la route avec la Révolution de 1804 puis certaines colonies, à l’instar de Cuba et de la Jamaïque faisant partie des grandes Antilles, emboitèrent le pas. D’autres colonies, cependant, restent encore sous la tutelle de leur ancienne métropole.

Mais, en dépit de la volonté manifeste des pays caribéens à s’organiser, certains critiques indexent les biais susceptibles d’entraver cette solidarité interrégionale. Ils estiment que l’intégration prônée au sein de la Caricom s’inscrit dans une perspective économiciste au profit des puissances impérialistes dont l’agenda ne correspond pas aux intérêts réels de la zone caribéenne. Cette position est celle de la Plateforme de plaidoyer pour un développement alternatif (Papda) et de l’Assemblée des peuples de la Caraïbe, consécutive à cette grande réunion des pays de la Caricom, tenue en Haïti les 18 et 19 février dernier en prélude au prochain sommet qui se tiendra en juillet 2013.

Pour Camille Chalmers, coordonnateur de la Papda, plus qu’un rapport basé fondamentalement, suivant la logique de l’offre et de la demande, le paradigme d’intégration devrait être redéfini. Il devrait, selon lui, porter sur la complémentarité. Il en veut pour preuve des rapports de coopération entre Cuba et Venezuela où ces pays échangent des ressources humaines contre les ressources naturelles.


Haïti : quels échanges ?

Quels rapports d’échanges commerciaux et économiques Haïti peut-elle entretenir avec les autres pays de la Caricom ? La pertinence de cette question tire son fondement au regard de l’économie haïtienne axée essentiellement sur l’importation. Pourtant, avant l’effondrement du tissu productif national, le pays n’avait pas pu être admis à la Caricom, créée en 1973. Il a fallu attendre 24 ans, soit en 1997, pour qu’on accorde à Haïti un statut de membre observateur. Puis en 2002, le pays est admis comme membre à part entière. Aujourd’hui, en 2013, la première République noire du monde préside cette plateforme interrégionale.

M. Charlmers tente d’expliquer les contradictions liées à l’admission d’Haïti à la Caricom. Selon l’altermondialiste, les réticences de cette Organisation à intégrer le pays dans ses rangs étaient dues à une question démographique. On redoutait qu’Haïti supplante les autres pays membres compte tenu de sa population nettement supérieure à la leur. Dans les années 90, il s’est développé, notamment avec de fortes pressions de certaines associations caribéennes, une volonté d’émancipation chez certains peuples de la région. Aussi, ont-ils jugé bon d’ouvrir cet espace d’échanges à Haïti, un modèle en matière de lutte pour la liberté dans le monde entier.

Toutefois, le professeur d’université estime qu’il reste beaucoup à faire pour que la Caricom s’affranchisse de l’influence du néocolonialisme à travers le libre-échange. La nouvelle dynamique d’intégration devrait porter, selon lui, sur des relations commerciales d’une part, mais aussi sur la solidarité, d’autre part. A titre d’illustration, il cite l’accord de partenariat économique (APE) qui accroît la dépendance économique du pays par rapport aux pays du Nord. Les pays de la Caricom pourraient se solidariser avec Haïti en demandant à ces puissances économiques de surseoir à ces accords.

M. Chalmers plaide pour une vision caribéenne qui tient compte des intérêts communs des pays caribéens et de leurs spécificités culturelles, avant de s’ouvrir au marché mondial. Dans cette dynamique, les gouvernants haïtiens devraient eux aussi définir une vision national claire, développer les filières de l’économie haïtienne susceptibles de favoriser de fructueux échanges avec les amis caribéens.
Jean Michel Cadet
Jeanmich83@yahoo.fr
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