102è Année - Un siècle d’information - www.lematinhaiti.com - Dernière mise à jour : 13/02/2014 14:53:09   01 Sep 2014-07h17
Marie Carmelle Jean Marie: Un professionnalisme impressionnant
Au sein d’une administration où règnent les perceptions de mauvaise gouvernance et d’amateurisme, certaines personnalités du gouvernement Martelly-Lamothe parviennent à sortir du lot. D’aucuns seraient unanimes à accorder, dans cette optique, une place de choix à la ministre de l’Économie et des Finances, Mme Marie Carmelle Jean Marie pour sa forte personnalité et son professionnalisme très poussé qui prime sur la politique politicienne. Portrait d’une technocrate avérée dont la brillante carrière insuffle l’admiration.
Au sein d’une administration où règnent les perceptions de mauvaise gouvernance et d’amateurisme, certaines personnalités du gouvernement Martelly-Lamothe parviennent à sortir du lot. D’aucuns seraient unanimes à accorder, dans cette optique, une place de choix à la ministre de l’Économie et des Finances, Mme Marie Carmelle Jean Marie pour sa forte personnalité et son professionnalisme très poussé qui prime sur la politique politicienne. Portrait d’une technocrate avérée dont la brillante carrière insuffle l’admiration.

Troisième enfant d’une famille de cinq dont quatre filles et un garçon, Marie Carmelle Jean Marie est née un 16 juillet 1956 à la Vallée de Jacmel, un petit village du Sud-Est d’Haïti. Ayant grandi sous le toit d’une famille religieuse et d’enseignant, sa vie fut partagée entre l’influence de sa mère, une institutrice religieuse très réservée et son père, instituteur également mais plus tempéré qui la gâtait. Mais ne transigeait pas avec le rêve de voir sa fille réussir brillamment sa vie intellectuelle.

L’éducation étant le ciment qui liait ses parents, Marie Carmelle Jean Marie eu le privilège de fréquenter l’école des sœurs dirigée par les filles de Marie à la Vallée de Jacmel. Elle y fit ses études primaires avant de migrer vers la Capitale où elle termina son brevet chez les religieuses de Port-au-Prince avant d’achever ses études humanitaires au collège Oméga. Brillante, cette fille au tempérament impétueux et à forte personnalité, réussissait tous ses examens même quand elle était punie par ses professeurs. Compte tenu des aptitudes particulières de sa fille pour tout ce qui relève de l’intellect, son père voulait l’orienter vers la médecine après son bac.

Pourtant, Madame Jean Marie voulait embrasser une carrière de danseuse. Un désir qu’elle ne pouvait pas assouvir pour éviter les foudres de ses parents et l’opinion publique qui comprendrait mal qu’une fille de bonne éducation s’adonnât à une telle profession. Pour manifester son désaccord, elle ne choisit pas la médecine mais opta plutôt pour les sciences économiques à la Faculté de Droit et des sciences économiques de l’université d’État d’Haïti où elle obtint sa licence en 1979.

Un pari gagné!

En 1980, elle se rendit en France pour parfaire sa formation académique notamment grâce au soutien de son père et de sa tante qui, à cette époque, résidaient respectivement au Canada et en France. Elle y resta pendant deux ans jusqu’à l’obtention de son diplôme de troisième cycle en « Monnaie, Finances et Banques ». Bien qu’elle fût brillante, réussir à l’université de Paris II Assas qui avait retenu sa candidature, paraissait une mission frisant l’impossible. Université d’extrême droite, Paris II, Assas ne privilégie pas seulement l’excellence. D’autres critères liés à la nationalité, au rang social, et la couleur épidermique étaient nécessaires pour décrocher un diplôme.

Tout semblait jouer en sa défaveur : elle était une étrangère et noire de surcroît. Toutefois, elle pouvait compter sur ses aptitudes et la sympathie qu’elle a su gagner de ses professeurs surtout pour son air très jovial. Ses camarades estimaient d’ailleurs qu’elle était la seule noire qui se faisait remarquer dans une classe de 40 étudiants avec quatre noirs. Malgré tout, elle était très sceptique quant à sa réussite en raison de ses origines raciales. Telle fut sa grande surprise quand ses camarades étudiants africains sont venus lui annoncer qu’elle était la seule noire de sa classe à avoir réussi les examens écrits. Ce qui l’habilitait à passer le test oral avant la remise de son mémoire de sortie.

Après l’obtention de son diplôme de troisième cycle d’études en 1982, la native de la Vallée de Jacmel fit une spécialisation en « politique et programmation financière » au Centre d’études monétaires latino-américain à Mexico en 1987 et une autre, un an plus tard en gestion informatisée de la dette publique. Férue de ce qui relève de l’économie monétaire, elle ne cessa de se perfectionner. Une attitude qui l’amena à poursuivre des études supérieures à l’Institut de techniques de banque ( ITB) de Paris qui lui décerna un diplôme d’études supérieures en techniques de banque en 1990. Puis, en 1994, elle obtient un diplôme de 3e cycle en techniques de marchés de l’Institut technique de marchés de Paris.

Un parcours enviable

À son retour de France, Marie Carmelle a intégré la Banque de la République d’Haïti (BRH) en tant qu’économiste hors-cadre. Elle y travaillait au service de la monnaie et des affaires internationales au cabinet technique de la direction générale, aux études économiques et à l’institut de formation. Son passage dans cette institution qui dura 13 ans (1982-1995) était très remarqué. Elle a contribué à la mise sur pied du cabinet technique du conseil d’administration. Ce service devait permettre à l’institution de disposer de techniciens qualifiés et ainsi rompre avec une certaine pratique qui consistait à octroyer les postes techniques à des gens sur la base d’accointance politique. La création du service de la dette et celle du centre de formation de la BRH, s’inscrivent aussi à l’actif de l’économiste.

En dépit de sa grande contribution à la dynamisation de la BRH, ce haut cadre de cette institution a dû démissionner de son poste d’assistant directeur en 1995. Contestataire et soucieuse du travail bien fait, Mme Jean Marie collaborait difficilement avec son supérieur hiérarchique, M. Lesly Delatour, directeur général d’alors qu’il contredisait souvent en pleine réunion. Elle ne pouvait supporter que M. Delatour dise ou fasse n’importe quoi parce que ce dernier ne maitrisait pas très bien ses dossiers. Ne voulant pas affaiblir son autorité, elle se sépara de son directeur pour s’adonner à d’autres activités professionnelles.

En 1995, elle participa avec ses amis, Kesner Pharel et Nesmy Manigat à la création de « Group Croissance ». Ce Cabinet-Conseil a révolutionné le marché de la consultation en Haïti après qu’elle y a travaillé pendant six ans (1995-2001).

Si elle est mieux connue du public à travers son poste de ministre de l’Économie et des Finances (MEF), Marie Carmelle n’est, cependant, pas dépourvue d’expériences au sein de l’administration publique. Elle a connu un bref passage au MEF comme conseiller financier auprès du ministre en 2001. À ce poste, elle aura initié la réforme des finances publiques. L’une de ces initiatives portait sur le fait que la Banque centrale devait renoncer à financer le trésor public en vue d’une bonne gestion des recettes de l’État. Puis en en 2002, elle mit sa compétence au service du ministère de l’Éducation nationale dans le cadre d’un programme d’appui au renforcement de la gouvernance du secteur éducatif en Haïti (PARGSEH).

Plus tard, en mars 2003, elle reçut une proposition du groupe « Caisses d’épargne de France pour la zone atlantique Nord, hors département français », à partir pour Cuba en vue d’y ouvrir une succursale. Promue au poste de directrice générale de la branche inter-caisse d’épargne à Cuba elle s’est évertuée à réaliser des montages de financement spéciaux pour ce pays notamment dans les domaines de l’infrastructure touristique.

Après le passage du séisme du 12 janvier 2010, elle revient au pays tout en assurant la direction de cette institution financière en Haïti. Son retour était très bénéfique au projet Royal Oasis, un hôtel cinq étoiles initié par l’entrepreneur, Jerry Tardieu, et concrétisé à la fin de cette année. Mme Jean Marie aura apporté son expertise au montage financier de ce projet en vue de la levée de fonds à hauteur de 35 millions de dollars américains.

Mme Jean Marie est aussi une femme socialement et économiquement très engagée dans sa Communauté. Nommée vice-président du conseil d’administration du fonds haïtien d’aide à la femme (la doyenne des institutions de micro-crédit, une institution fondée en 1982), elle l’a aidé à se recapitaliser avec ses propres ressources. Elle a été également présidente du conseil d’administration de l’Association pour la coopération avec la micro-entreprise (ACME).

MEF: le nouveau chalenge

L’évaluation de la gestion de la ministre de l’économie et des Finances à la tête du MEF devrait raisonnablement porter sur des mises en place et non sur des résultats concrets. Investie de sa fonction en mai 2012, elle a particulièrement marqué ce ministère et le gouvernement Martelly-Lamothe, par sa détermination à assainir les Finances publiques et à promouvoir l’investissement, l’une des attributions du ministère qu’elle dirige mais qui n’a jamais véritablement été prise en compte par ses prédécesseurs.

À titre d’illustration, une grande innovation est apportée à la loi de Finances 2012-2013 par le biais d’un fonds Capital risque de vingt millions de dollars américains consacré aux petites et moyennes entreprises. Ce fonds permettra aux PME de se recapitaliser en vue de la création d’emplois, une variable indispensable pour atteindre les espérances de croissance pour le nouvel an dans une perspective de poser les jalons d’une économie émergente.

Entre autres innovations, un volet assistance technique a été créé afin de recruter des firmes pour l’encadrement technique des PME. Ces firmes devront solliciter les ressources humaines haïtiennes notamment dans le domaine de la gestion et du marketing. Une initiative qui d’une part, va renforcer les capacités des PME et d’autre part, créer des emplois pour nombre de jeunes.

Plus technicienne que politique

La rationalisation des dépenses publiques s’avère capitale dans l’état actuel du pays. Les passages des ouragans Isaac et Sandy ont causé d’énormes dégâts matériels notamment dans le secteur environnemental. L’état d’urgence est décrété. Pour y faire face, la ministre de l’économie et des Finances a dû recourir à des mesures de rationalisation pour trouver les fonds d’urgence nécessaires. C’est pourquoi elle a jugé opportun de geler certaines dépenses de fonctionnement inutiles liées aux voyages, location de voitures etc. Ces mesures sont d’autant nécessaires, compte tenu des suspicions de corruption qui pèsent lourdement sur l’administration Martelly-Lamothe. Ce qui constitue un obstacle majeur à l’aide internationale et au processus de développement économique.

Transformer Haïti en un pays émergent à l’horizon de 2030 constitue un grand défi pour le gouvernement de Laurent Lamothe. Les mises en place relatives à la réforme de l’État en vue de la bonne gouvernance, la rationalisation des dépenses publiques et la promotion de l’investissement devraient permettre au pays non pas d’atteindre une économie émergente mais de se ranger sur la voie qui y mènera, selon la ministre. Encore une fois, Mme Jean Marie donne son avis d’experte plutôt que celui d’une politique comme elle se plait à le dire. L’opinion publique n’a de cesse apprécié ses prises de positions et décisions tranchantes sur des questions économiques et politiques bien qu’elles pourraient déranger certains membres ou proches du pouvoir.

Estimant que le concept politique est galvaudé en Haïti, puisque trop souvent assimilé à la malice, Mme Jean Marie plaide de préférence pour une politique économique et financière susceptible de sortir le pays de son bourbier.
Jean Michel Cadet

Jeanmich83@yahoo.fr
Commentaires des lecteurs
Entrez votre mot de passe pour pouvoir commenter. Login | Enregistez-vous !
Add comments
 
 
 
Leonidas | 28/12/2012
Meme si elle n'a pas le prestige de la couleur ideologique du Professeur Camille Chamers , cette Femme a fait preuve de deontologie dans l'exercice de son Ministere.
 
kolo | 28/12/2012
Deki Camille Chalmers wap pale Leonidas,li lè pou entèlektyèl onèt, ki gen etik komanse demake yo de nèg sa yo.
 
Pouchy | 28/12/2012
Il est vrai cette femme est serieuse et competente mais desole ca ne vaut rien puisqu'elle fait parti d'une mauvaise equipe,comme l'adage creole l'a dit "DEPIW AN PAMI BOURIK FOK OU POTE BA".c'est ce qu'arrive Marie Carmelle.En tout cas vous allez durement travailler afin de vous retirer de ce vieux lot.
 
esther | 29/12/2012
le matin se laisse prendre par la forme;PARLONS DU FOND;si elle est si"professionnelle"d'ou est ce que l'executif tire les fonds pour toutes ses dépenses qui défoncent le budget?tous les per die m EXTRAVAGANTS QUE VOUS CONNAISSEZ SÛREMENT VIENNENT D'OU?il suffit que quelqu'un ait un discours pour que vous lui colliez une étiquette d e compétence;AUCUNE PERSONNE MORALE
 
esther | 29/12/2012
N'AURAIT PU TENIR DANS CETTE ÉQUIPE;quelque part il y a des entorses graves qui sont faites et un jour vous en témoignerez; vous aviez dit BEAUCOUP DE BIEN de l.l et aujourd'hui VOUS SAVEZ PREUVES A L'APPUI,que nul est un peu faible pour qualifier ce que peut cette personne;LA MORALITÉ EST INDISSOCIABLE DU BAGAGE LIVRE SQUE;revisez vos critères de classement
 
 
 
 
 
Recherche

Lematin  Google 
Video
 
Dernière Edition
 
Le matin hebdo