102è Année - Un siècle d’information - www.lematinhaiti.com - Dernière mise à jour : 13/02/2014 14:53:09   30 Aug 2014-14h28
HAÏTI-CULTURE
Quand les écrivains parlent de leurs rapports au réel…
Yanick Lahens, Lyonel Trouillot et Marvin Victor étaient les invités de la soirée de l’espace ambulant dit « Le Bar » le dimanche 25 novembre dernier. Ils ont mis l’accent sur le travail de l’écrivain haïtien tant par rapport au local que par rapport à l’international.
Lyonel Trouillot, Yanick Lahens, Marvin Victor...
« J’ai eu à entendre une phrase d’un écrivain haïtien qui n’a pas cessé de me choquer. Cet écrivain avait déclaré qu’il "épuise ses rapports au réel dans la littérature" », se désole le romancier Lyonel Trouillot. Le fait d’« épuiser ses rapports au réel dans la littérature» supposerait que la littérature permette aux écrivains d’échapper à leurs responsabilités citoyennes comme s’ils ne seraient plus citoyens de la cité.

Trouillot prend le contre-pied de ces propos en déclarant : « Quand, à travers les rues, je vois un enfant portant un pantalon troué au cul dans les rues, je ne vois pas comment je puis épuiser ce réel dans la littérature », s’emporte l’écrivain.

Une fois de plus, les propos des écrivains avaient suscité des débats assez houleux. Cette soirée aura montré, une fois de plus, que la fin de la « Querelle des anciens et des modernes » n’est pas pour demain. Trouillot qualifie cet état de fait de « guerre statutaire ».

Ecrivain entre l’enclume et le marteau…

Le thème en était « Contexte de l’écrivain dans la cité ». Les écrivains en ont profité pour dénoncer les sphères internationales selon lesquelles vivre en Haïti et être écrivains seraient antinomiques. A en croire Trouillot, leur malaise est double en ce sens que lui, particulièrement est régulièrement accusé (de l’intérieur) de trahison et d’illégitimité parce qu’il est publié à l’étranger.

Pour Lyonel Trouillot, dans le temps, le combat entre écrivains consistait à déterminer celui qui sera le plus respecté d’une génération. Par ailleurs, Trouillot dit constater une sorte de mutation selon laquelle la bataille, de nos jours, n’est autre chose qu’une sorte de maladie « du faire voir » ! En d’autres termes, l’écrivain pense qu’il y a un sérieux manque à gagner en termes de mémoire du patrimoine matériel et immatériel (chansons et littérature) du pays.

« Certains ont plus de livres que de représentations. Alors que d’autres ont plus de représentations que de livres », ironise le romancier. Dites-moi, comment comprenez-vous que, parlant d’écrivain, très peu nomment Pierre André Clitandre ? », se demande Trouillot.

Si pour Lyonel Trouillot, la notoriété exige des responsabilités citoyennes dans la cité, Lahens a préféré préciser qu’elle n’aime pas l’épithète d’écrivain engagé. Pour la romancière, ce qu’elle est, tout comme le parti qu’elle prend, apparaîtront à travers ses écrits. Marvin Victor abonde dans le même sens pour affirmer « que lui, n’est qu’un simple artisan de la langue qui construit ses phrases mot après mot».

Yanick Lahens avait plutôt abondé dans le sens d’une mutation d’opportunités et d’une exigence d’ouverture aux autres littératures non francophones, notamment celle de l’Afrique anglophone. De l’avis de la romancière, les préoccupations et questionnements de ces « africains » sont tellement plus proches de nos drames. Elle évoque l’école comme étant une institution littéraire à part entière devant participer à la vulgarisation, l’assimilation et l’appropriation des œuvres littéraires.

Trouillot partage cet avis et ajoute que les institutions scolaires sont plutôt à l’écoute de tout ce qui se fait en ce sens. Mais, explique-t-il, elles ont juste besoin d’accompagnement. On ne peut résoudre ce qui est politique qu’à partir des hauts lieux politiques, renchérit le romancier.

Comme toujours, Marvin Victor avait joué le jeune sage, plein de maturité littéraire. Dans ses réponses aux questions du public, Victor (qui n’est pas encore Gary) stipule que, s’il est toujours aussi en retrait dans le cadre des rencontres auxquelles il participe, c’est juste parce que « les petits jeunes » de nos jours ne savent pas aller aux livres et discuter de littérature. Selon Victor, la plupart se contentent de lire les quatrièmes de couverture tout en prétendant qu’ils sont à même de parler de livres.

La prochaine soirée de l’association « Phrase ambulante » aura lieu autour des métiers d’acteurs et de metteurs en scène en Haïti, question d’inscrire ces rencontres d’échanges dans le cadre du festival international de théâtre « Quatre chemins », actualité culturelle de cette fin d’année.
Antoine Hubert Louis

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