Haïti par l’entremise de ses dirigeants se cherche du Nord au Sud. Les responsables sont partout dans les forums. Dans cette perspective, les 16 et 17 novembre 2012, le président de la République, Michel Martelly a pris part au 22ème Sommet Ibéro-américain tenu en Espagne à Cadiz. Cette tournée européenne a aussi conduit le Chef de l’État haïtien en Belgique au Siège du Parlement européen et en Italie où il s’est entretenu, le jeudi 22 novembre avec le souverain pontife, Benoit XVI.
« Une relation rénovée », c’est autour de ce thème que s’est déroulé le 22ème Sommet ibéro-américain, dans lequel Haïti a été acceptée comme membre à titre d’observateur. Le président Martelly se dit heureux de retrouver cette visibilité internationale. « Maintenant, et plus que jamais, Haïti récupère sa voix dans le monde. Pour notre pays, ce repositionnement signifie que nous avons regagné la confiance internationale. Tout ceci est le résultat de la mise en œuvre des politiques publiques en faveur de l’éducation, de l’emploi, des investissements et du développement au profit du peuple haïtien», a déclaré le chef de l’Etat haïtien.
La croissance économique a été au centre des débats. Dans la déclaration de Cadiz, les participants ont fait montre de leur volonté de développer les investissements entre les deux continents et stimuler la croissance à travers les petites et moyennes entreprises. Une démarche qui va dans la droite ligne des axes programmatiques de Michel Martelly.
Quoique les deux principaux initiateurs du Sommet, l’Espagne et le Portugal, soient aujourd’hui ruinés par la crise économique qui frappe l’Europe, ils voient quand même une lueur d’espoir à travers ce forum. Ces pays lorgnent actuellement leurs anciennes colonies latino-américaines en pleine extension économique. De l’avis du Professeur Camille Chalmers, ce forum a été pendant longtemps un espace d’échange et d’affirmation des puissances impériales européennes, mais aujourd’hui les données ont changé. C’est le renversement des rapports de force par rapport à l’impérialisme américain et européen à travers la rupture de certains gouvernements avec la globalisation de la politique néolibérale au bénéfice des projets nationaux autonomes et indépendants.
Sommet ibéro-américain : une initiative positive pour Haïti, mais mal abordée
l’économiste, Camille Chalmers, la participation d’Haïti à ce forum est une initiative positive. Le fait, dit-il, de pouvoir prendre part à ce bloc régional, permet aux dirigeants haïtiens d’entendre un nouveau discours et du même coup rompre l’isolement du pays.
Toutefois, Camille Chalmers croit que ce forum pourrait se révéler plus bénéfique pour le pays s’il s’agissait d’une participation qualitative accompagnée d’une vision d’ensemble et géopolitique avec un projet national conçu avec les différents secteurs dynamiques de la société haïtienne représentant réellement les intérêts de la Nation. Avec ce projet national, dit-il, on saurait mieux ce que nous défendons au niveau de ces forums, que ce soit au sein de l’union des pays africains, le Sommet ibéro-américain ou d’autres pays de notre région. Or Malheureusement, tel n’est pas le cas, s’indigne-t-il.
Dans cette optique, Camille pense que le président avant de prendre part à ce forum aurait dû s’asseoir avec les différents représentants des secteurs économiques, les secteurs du commerce, les secteurs de production, les organisations paysannes en vue de faire une analyse en profondeur de ces marchés pour voir, quel espace pourrait être profitable à l’économie haïtienne.
Au contraire, explique l’économiste, nous avons un gouvernement qui reste globalement soumis aux options de Washington, du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale en appliquant la politique néolibérale et avec une vision limitée de l’avenir du pays. Ainsi, le professeur Chalmers se montre inquiet. Car, dit-il, ce gouvernement, au lieu de défendre les intérêts de la République, à travers le slogan « Haïti is open for business », est plutôt prêt à liquider l’État, les ressources naturelles du pays et à consentir d’autres sacrifices sous prétexte de faciliter l’investissement direct étranger. Dans cette vision, monsieur Chalmers croit que le pays est sur une pente très dangereuse.