102è Année - Un siècle d’information - www.lematinhaiti.com - Dernière mise à jour : 13/02/2014 14:53:09   22 Jul 2014-17h10
Haïti/ vetting
Le vetting mal venu
Cet anglicisme devenu célèbre en Haïti, n’éveillera désormais qu’un sombre souvenir pour au moins 79 ex-policiers. La publication des résultats de ce processus de vetting, vieux de six ans, a coïncidé avec le début d’une sulfureuse affaire de kidnapping qui impliquerait, entre autres, des policiers à la solde de l’homme d’affaires Clifford Brandt arrêté.
Cet anglicisme devenu célèbre en Haïti, n’éveillera désormais qu’un sombre souvenir pour au moins 79 ex-policiers. La publication des résultats de ce processus de vetting, vieux de six ans, a coïncidé avec le début d’une sulfureuse affaire de kidnapping qui impliquerait, entre autres, des policiers à la solde de l’homme d’affaires Clifford Brandt arrêté. Mais, jusqu’ici aucun des policiers indexés n’a encore porté plainte contre l’opprobre qui leur est faite par cette liste. Au contraire, le porte-parole de la Police nationale, Frantz Lerebours a précisé pour le journal que certains policiers concernés se sont déjà présentés à la direction générale pour remettre les matériels en leur possession.

On ne comprendra que difficilement cette fuite d’informations qui a mis à la connaissance de la presse un document tenu secret par la police nationale. Frantz Lerebours estime que cette fuite peut découler aussi des partenaires institutionnels avec lesquels la police partage des informations. « La fuite peut être externe à la police tout comme elle peut être interne », reconnait le porte-parole encore dérangé par la confusion créée autour de cette publication précipitée.

« Je crois, soutient Frantz Lerebours, qu’il faut questionner aussi l’intérêt de ceux qui ont permis cette fuite. Il faut se demander quel est l’intérêt de l’émission qui a lu cette liste sans préciser les faits reprochés à chaque policier en particulier ». Le porte-parole de la PNH, sans le citer, fait référence à l’émission « Haïti débats » animée par le journaliste Garry Pierre-Paul Charles sur les ondes de Radio Scoop FM et insiste sur ce qu’il appelle le caractère « sensationnaliste » de cette émission. « La police n’a pas publié de liste et s’il s’agissait d’une publication institutionnelle, il n’y aurait pas cette confusion autour des faits reprochés à chacun des 79 policiers », affirme M. Lerebours.


Y a-t-il eu atteinte à l’honneur ?

Jusqu’ici la police n’a pas enregistré de recours exercé par les policiers épinglés par ce rapport. Le porte-parole fait remarquer qu’aucun recours administratif n’est encore possible puisque la révocation n’est toujours pas signifiée aux concernés. Mais s’il faudrait parler d’atteinte à l’honneur, on comprend déjà la difficulté, vu que la PNH dit n’avoir pas publié de liste. D’ailleurs, le commissaire Lerebours fait remarquer que « Si la police devait publier le résultat du processus de vetting, il n’y aurait pas de noms dans la presse, on donnerait seulement le nombre de policiers sanctionnés ainsi que la liste des faits reprochés ».

Pourtant, de l’avis d’un juriste, les policiers, qui se sentiront injustement salis, ont pour devoir d’ester en justice pour sauver leur réputation et leur personnalité. Me Mario Beauvoir estime que chaque policier indexé peut individuellement porter plainte contre les personnes qui seraient l’auteur de ce fait attentatoire à leur honneur. Parlant d’enrichissement illicite, l’ancien commissaire du gouvernement de la Croix-des-Bouquets souligne que des policiers comme tout autre haïtien, peuvent avoir d’autres revenus parallèles à leur salaire. « Ici personne ne vit uniquement de son salaire, on a toujours d’autres revenus », fait remarquer le juriste qui veut croire que les enquêteurs ayant réalisé le vetting avaient tenu compte de tous ces paramètres.

« Par exemple moi qui suis du quartier de Bas-peu-de-chose, j’ai toujours connu Madame Gessie Coicou qui habitait à la rue Lafleur Duchenne. Elle est médecin et je crois que son mari l’est aussi. Donc on ne peut évaluer son patrimoine uniquement à l’aune du salaire donné par la PNH », indique Me Beauvoir sans se faire l’avocat de l’ancienne porte-parole de la PNH. Il faut rappeler que la Police nationale a dû préciser pour le cas de Mme Coicou notamment, qu’il ne s’agissait nullement d’enrichissement illicite mais plutôt d’abandon de poste. Cette dernière ayant déménagé au Canada avant même que sa démission soit acceptée par l’institution.

Revenant aux conséquences de cette liste noire sur l’avenir des policiers indexés, Me Mario Beauvoir dit ne pas comprendre comment il peut y avoir de fuites d’informations dans un dossier interne de la police. « Il n’y a pas de fuite dans les affaires d’État », laisse entendre le juriste qui croit que la publication informelle de cette liste importante pourrait faire partie d’une stratégie bien calculée.

Néanmoins, peu importe la forme ou le support utilisé pour faire connaitre ses 79 noms à la population, il demeure que ce vetting débuté sereinement en 2006 à l’intérieur de la police nationale sur demande des Nations Unies a mal choisi le moment de faire son premier dénouement. Et dire que d’autres listes sont en préparation…
Eddy Laguerre
laguerreeddy@gmail.com
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