102è Année - Un siècle d’information - www.lematinhaiti.com - Dernière mise à jour : 13/02/2014 14:53:09   25 Apr 2014-00h59
Haïti/ insécurité
Affaire Brandt : Le laxisme des autorités mis à nu
Depuis plusieurs années, l’industrie du kidnapping fonctionne à plein régime. Mais rien ne laissait présager que des personnalités aussi bien cotées du pays avaient des connexions avec ces criminelles qui endeuillent et appauvrissent les familles haïtiennes. Du Nord au Sud, au cœur du pouvoir, dans l’administration publique et privée les assassins ont tissé leurs toiles et se donnent les moyens pour opérer en toute quiétude grâce à la complicité des autorités et des organismes de sécurité.
Depuis plusieurs années, l’industrie du kidnapping fonctionne à plein régime. Mais rien ne laissait présager que des personnalités aussi bien cotées du pays avaient des connexions avec ces criminelles qui endeuillent et appauvrissent les familles haïtiennes. Du Nord au Sud, au cœur du pouvoir, dans l’administration publique et privée les assassins ont tissé leurs toiles et se donnent les moyens pour opérer en toute quiétude grâce à la complicité des autorités et des organismes de sécurité.


Les autorités étaient au courant

L’affaire Brandt aura donc permis de comprendre le mécanisme de fonctionnement du plus grand gang de «kidnapping de la Caraïbe » et la passivité de l’État haïtien qui livre la population en proie à l’action de ces bandits. Grâce au rapport publié par le Réseau national des droits humains (RNDDH), qui jouit d’une grande notoriété dans la société, la population sait aujourd’hui que les autorités judiciaires et policières étaient au courant du lieu de séquestration des jeunes Moscoso. Pourtant, elles ne voulaient nullement intervenir pour sauver ces deux vies et aider cette famille attristée. N’était-ce les pressions exercées par certains gros bras de l’international proche des Moscoso, cet énième Kidnapping serait resté non élucidé. Cette personnalité de l’administration américaine, qui a fait injonction aux autorités haïtiennes de secourir les victimes, mentionnée dans le rapport du RNDDH serait Hilary Clinton. Coralie et Nicolas Moscoso devaient être assassinés. Clifford Brandt n’envisageait nullement de les libérer. De plus, cette famille aurait été dépouillée de deux millions cinq cent mille dollars américains. Combien d’autres victimes innocentes, qui n’ont aucun ami bien placé aux États-Unis, ont été abandonnées à leur sort et se sont fait tuer à cause de la complicité des autorités ?

Elles sont nombreuses. L’inquiétude des citoyens relative à la sécurité trouve donc fondement dans cette affaire. D’autant que l’entourage du Président de la République pullule de malfrats. Clifford Brandt détenait une carte du Palais national qui l’identifierait comme un conseiller de M. Martelly. Le chef de la Police ne dément pas. Il affirme toutefois que cette carte est fausse. Mais, pourquoi parmi les objets saisis par la police et qui ont été exposés au grand public, aucune mention de cette carte n’avait jamais été faite ? La cacophonie des autorités qui a suivi le rapport du RNDDH témoigne de l’imputabilité de certains éléments hauts placés de l’État dans ce dossier et dans l’insécurité grandissante dans le pays.

Le chef du Cat Team, Marc-Arthur Phebe, fait partie de la bande. Pourtant le corps qu’il dirige est chargé d’assurer la sécurité du chef de l’État. Il percevait un montant de 220 mille gourdes, par mois, pour les services rendus à M. Brandt. Dans son sillage, quatre autres policiers profitent de cette organisation et de cette manne qui se déversait pour arrondir leur fin de mois. Leurs noms et grades : Jacques Darly Michelais, A4, Fritz Aristide, A4 ; Oneste Gabelus, A3 ; Gérald Fontelus, A1. Ils percevaient des prestations allant de 7500 à 15000 gourdes.

Les autorités qui gravitent autour de ce dossier sont nombreuses et étaient au courant des données et de la localisation des bandits. Ceux-ci se trouvaient sur une plage, rapporte-on. Peut-être célébraient-ils le grand coup qu’ils venaient de réaliser. Même l’inspecteur Edner Comé, aujourd’hui en cavale, aurait pu être arrêté. Ces malfrats ont les bras longs. Selon Pierre Espérance, le Palais national entendait libérer les policiers impliqués dans l’affaire, notamment le chef du Cat Team, Marc-Arthur Phebe. La liste des complices est encore longue, et les révélations de M. Brandt, dit-on, accablent de nombreuses personnalités. Les événements qui ont suivi l’arrestation de l’homme d’affaire en attestent. Deux policiers se sont déjà fait tuer, dont Yves Michel Bellefleur. Ce dernier détenait des informations précieuses pour l’avancement de l’enquête, ce serait la raison de son assassinat si nous devons croire le RNDDH. Ce gang qui verse dans le kidnapping a également d’autres champs d’activité. Il est aussi impliqué dans le trafic d’armes à feu. Ainsi, envoie-t-il régulièrement de l’argent aux Etats-Unis d’Amérique pour l’achat de nouvelles armes qu’il fait entrer au pays à l’intérieur de grands haut-parleurs. Ils disposent d’armes modernes pour mener à bien leurs activités. Les saisis opérés font état de : Trois Galil. Un FAL. Un M16. Un Uzi. Cinq pistolets dont deux Gluck, deux Beretta. Un revolver. Un magnum 357. Trente-huit chargeurs avec munitions.

Le RNDDH s’inquiète du traitement du dossier Brandt et lance un appel à la vigilance afin que justice soit faite. En effet, après son audition, l’homme d’affaires a été conduit à la prison civile fraichement inaugurée à la Croix-des-Bouquets muni de son téléphone portable. Pourquoi faire ? Traitement de faveur. Marie Yolène Gilles sonne la sonnette d’alarme et veille au grain, afin d’éviter que l’épisode vécu dans l’affaire Stanley Handal ne se répète.

Depuis la publication de cette enquête, les réactions pleuvent. Le secrétaire d’État, Réginald Delva dément certaines affirmations du RNDDH. Pierre Espérance réaffirme la véracité des faits inscrits dans ce rapport, notamment les liens qui existent entre certains éléments de l’entourage du pouvoir avec le gang de Brandt. M. Espérance menace de faire d’autres révélations, si la crédibilité de son organisation est remise en question par les autorités. Notamment, il pointe du doigt le comportement des responsables dans l’affaire de Calixte Valentin qui ne restait pas forcément dans sa cellule, les soirs, au Canapé-vert. Il aurait bénéficié de la complicité du secrétaire d’État, a fait remarquer Pierre Espérance.

Tout n’est pas rose. Au contraire, l’État parait être Kidnappé par les bandits. Les omissions du RNDDH sont attendues. Entre-temps, la population attend impatiemment le dénouement de cette affaire, et veille au grain. Ce dossier sera forcément déterminant sur la fin du mandat de Michel Martelly.
Lionel Edouard
doulion29@yahoo.fr
Commentaires des lecteurs
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Edouin | 16/11/2012
Le titre de l'article devrait etre "La complicité des autorités mis à nu" et non "Le laxisme des autorités mis à nu". S'il n'y avait pas ce grand nombre de pariât et de délinquants au parlement, ce chien de Martelly serait déjà en phase de destitution pour association de malfaiteur.
 
esther | 16/11/2012
TOUT,AU CONTRAIRE DE CE QUE VOUS ÉCRIVEZ,LAISSAIT PRÉSAGER LA COMPLICITÉ DES POUVOIRS DANS CES ACTES comment autrement cela aurait pu durer aussi longtemps?HAITI est un petit territoire;il y a toujours une paire d'yeux qui a vu;le problème a toujours été de savoir A QUI CONFIER CE QUE L'ON VOIT PUISQUE CE SONT CEUX QUI DEVRAIENT COMBATTRE LES CRIMES QUI LES COMMETTENT
 
Le Neveu | 16/11/2012
Deux ou trois choses sur cet article. 1- les 220 mille gourdes, par mois, pour les services rendus à M. Brandt. Ce montant est-il légitimé par la qualité des services ou par la valeur du client? Je me mets à la place du premier normalien ou du dernier enseignant qui attend son salaire mensuel, qu’on lui verse parfois et sur lequel il y aura une retenue de 3%. Car il faut bien donner aux riches des moyens et des privilèges pour créer des emplois pour les extrêmes pauvres. 2-Le terme de malfrat m’interpelle et m’inquiète. M. Lerebours, porte-parole de la police laisse entendre que l’étudiant tué aujourd’hui par un Minustah, est en fait un malfrat. Je ne sais quels sont les ordres qui ont été donnés. Mais je tremble quand M. Édouard déclare que tel entourage pullule de malfrats. 3- Il est dit dans le rapport que Clifford Brandt détenait une carte du Palais national qui l’identifierait comme un conseiller. Archi-faux ! disent les autorités. La carte trouvée en possession de M. Brandt était expirée depuis fin Avril et conseiller y est écrit avec un é. Des leçons sont à tirer de ces propos. Petit A. La Constitution de 87 avait raison d’imposer au gouvernement, comme priorité première, l’éducation de base pour tous. M. Lamothe et son ministre ad hoc doivent mettre sur pied un groupe d’étude pour se pencher, tête première, sur le problème de l’illettrisme de nos élites. Grand b. J’ai toujours combattu ceux qui disent que les Haïtiens sont allergiques à toute forme d’administration. On aurait, d’après eux, une Fonction dysfonctionnelle et qui n’a de publique que le nom. Misère! Aujourd’hui, je dois avouer que j’ai erré. Voir un homme, multimillionnaire, ayant à sa disposition un personnel aussi pléthorique et aussi compétent que celui d’une Présidence, qui ne peut pas renouveler sa fausse carte de conseillé, les bras m’en tombent. Et je désespère. Là, il nous faudra un groupe supranational d’étude, et même de réflexion, réunissant des membres de tous et de toutes les O (ng, gm, nu… ea )… pour proposer à la Nation des pistes afin de créer une administration pouvant montrer patte blanche et de rose efficacité faire preuve… Né sous l’influence maligne de Legba et de tous les Vertumnes réunis.
 
 
 
 
 
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