102è Année - Un siècle d’information - www.lematinhaiti.com - Dernière mise à jour : 13/02/2014 14:53:09   18 Apr 2014-14h25
L’environnement chez nous, un problème pluridimensionnel !
Le programme des Nations Unies pour l’environnement dans son dernier rapport, se montre très préoccupé par les questions de l’eau, de la biodiversité et de la pollution dans le monde. Le comportement humain se révèle très néfaste sur la flore et la faune et menace globalement l’environnement. Le constat est inquiétant. D’autant que le problème de la faim subséquent à celui de l’environnement, devient de plus en plus accru. Haïti pour sa part traine des pieds et gambade.
Chez nous, l’eau manque considérablement dans certaines zones. Pourtant près de 41. 200 milliards de mètres cube (m3) de précipitation sont enregistrés tous les ans. 29.090 m3 sont perdus dans l’atmosphère par évaporation et transpiration. 4 milliards s’infiltrent dans le sol pour alimenter les nappes et 1milliard est exploité à des fins d’irrigation et d’alimentation. C’est du moins ce qu’indique une étude de la faculté d’agronomie et des sciences de l’environnement. La mauvaise gestion de cette ressource et le problème de la pollution demeure une situation cruciale. D’un autre côté, les eaux stagnantes ainsi que celles contaminées par les ordures de toutes sortes et les matières fécales sont à la base de nombreuses épidémies : Grippe, Malaria, Typhoïde et le cholera qui s’impose encore aujourd’hui dans les familles haïtiennes.

Seulement 26 communes en Haïti ont une accessibilité plus ou moins satisfaisante en eau courante. Le problème est encore plus critique dans les départements de l'Artibonite, du Centre et de la Grand' Anse. La totalité des communes de ces départements sont classées dans le groupe de communes ayant les plus fortes déficiences en eau. Gonaïves, la troisième ville du pays, est un cas spécifique. Sur plus de 200,000 habitants, la DINEPA n'a qu’environ 800 abonnés, selon l’Ingénieur Jude Pierre, responsable du Centre Technique et d'Exploitation. Le reste de la population est sans doute vouée à elle-même et doit se débrouiller pour se procurer de l’eau courante.

Le dernier rapport du programme des Nations Unies pour l’environnement estime que l'irrigation consomme environ 70% de l'eau disponible. L’eau douce diminue considérablement et les estimations montrent que d'ici 2025, l'utilisation d'eau devrait augmenter de 50% dans les pays en voie de développement et de 18% dans le monde développé. Le fardeau croissant de la demande d'eau deviendra intolérable et beaucoup de pays, selon le rapport, connaîtront une pénurie d'eau vers 2050. Il est prévu alors ce que le scientifique haïtien, Daniel Mathurin appelle « la guerre de l’eau ».

Le rapport souligne aussi la dégradation de la qualité de l’eau qui est polluée par des pathogènes microbiens et des nutriments excessifs. Cette contamination reste la cause la plus importante de maladie et de décès à l'échelle mondiale. Le cholera en est un poignant exemple en Haïti.

D’autre part, le programme des Nations Unies pour l’environnement estime que les changements de la biodiversité actuelle sont les plus rapides dans l'histoire de l'humanité. L'extinction des espèces se produit à une vitesse 100 fois supérieure à celle indiquée par les fossiles. Le commerce de la viande de brousse dans le bassin du Congo par exemple, est estimé à six fois supérieur au taux durable. Parmi les groupes vertébrés qui ont été évalués, plus de 30% des amphibiens, 23% des mammifères et 12% des oiseaux sont menacés.

Par ailleurs, 13 à 15 millions d'hectares de forêts disparaissent chaque année dans le monde, d’après le rapport. Les arbres sont des maillons essentiels de la chaîne de vie. Ils ont un rôle vital dans la régulation des climats et du cycle de l'eau. Les forêts sont parmi les écosystèmes les plus riches et les plus stables de la planète. Selon les scientifiques, les forêts mondiales renferment plus de 50 % de la biodiversité terrestre.

La dégradation de la forêt se poursuit à un rythme inquiétant. Chaque semaine 200 000 hectares de forêts disparaissent et seulement 6% sont protégés dans le monde. Les forêts tropicales sont les plus touchées mais les zones tempérées et boréales subissent, elles aussi, des pertes importantes en biodiversité. En effet, la gestion forestière réduit, pour les besoins de l'homme, le nombre d'espèces d'arbres et rend homogènes les milieux naturels, ce qui diminue d'autant la variété de la faune et de la flore. C’est en tout le cas d’Haïti selon les spécialistes de l’environnement.

Dans le cas d’Haïti, les statistiques ne changent pas. Près de 30 millions d’arbres sont coupés tous les ans pour répondre aux besoins énergétiques de la population. Le plus grand mal de l’environnement découle de la pauvreté des habitants et de l’utilisation des forêts pour le bois de cuisson, selon les spécialistes. On estime que 300 000 tonnes de charbon de bois, nécessitant l’abattage annuel de 1, 5 million de tonnes de bois debout, sont employés dans le pays. Cette utilisation abusive des forêts haïtiennes permet, en contrepartie, la survie de 150 000 charbonniers. Contrairement à la République dominicaine, Haïti ne profite pas de la filière du gaz naturel. En Haïti, aujourd’hui, notre environnement est notre plus grand mal mais surtout notre plus grande menace.

Autant de maux, selon les spécialistes, ne peuvent que compliquer les perspectives de développement durable. Le réchauffement climatique nous guette. Les PMA sont les plus ciblés. L’environnement haïtien est l’un des plus vulnérables. Les mesures tardent à s’appliquer. Les autorités haïtiennes ne montrent pas trop d’enthousiasme. Pourtant on avance vers le gouffre. Pour les scientifiques, notre survie dans le monde et en Haïti en particulier, dépend de nos engagements face à la protection de l’environnement.
Jackson Joseph
jajph@yahoo.ca
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