102è Année - Un siècle d’information - www.lematinhaiti.com - Dernière mise à jour : 18/06/2013 17:56:05   18 Jun 2013-22h21
Un plaidoyer permanent pour le système éducatif
La rentrée des classes est comme un baromètre qui exprime les tensions du système éducatif. À cette période, les préoccupations des principaux acteurs concernés se font de plus en plus précises. L’impression du pire croît d’année en année.

Le hic de la rentrée
La rentrée des classes est comme un baromètre qui exprime les tensions du système éducatif. À cette période, les préoccupations des principaux acteurs concernés se font de plus en plus précises. L’impression du pire croît d’année en année.

Le hic de la rentrée
La situation économique est préoccupante durant toute l’année scolaire. Pourtant, tout le bruit se fait au moment de la rentrée. A ceci, Miguel Gaspard, directeur pédagogique du collège Gilbert Albert à Delmas, croit avoir une explication. La plupart des parents veulent que leurs enfants reçoivent une bonne éducation. Aussi les envoient-ils dans les meilleures écoles malgré leur situation économique précaire. Tout au long de l’année scolaire, ils se débrouillent pour payer l’écolage. Mais à la fin de l’année, ils ont déjà tout dépensé. À peine peuvent-ils souffler un peu le temps des vacances, que la réouverture les oblige encore à d’énormes efforts.

Bon nombre de parents, en effet, se disent fauchés après une année scolaire d’autant qu’ils ont plusieurs enfants à leur charge. En outre, ils doivent faire face à des problèmes ponctuels : nourriture au quotidien, santé et loyer.

L’augmentation des frais scolaires chaque année figure parmi les préoccupations majeures outre les dépenses pour l’achat des fournitures scolaires et l’uniforme. Certains directeurs acceptent que les élèves viennent suivre les cours durant les premières semaines sans avoir payé d’avance les frais. « Nous sommes dans la peau des parents », affirme Miguel Gaspard, en signe de compréhension.

Le lot des enseignants

Dans un système éducatif entretenu à 80% par le privé, les professeurs sont directement touchés par la précarité économique des parents. Dans plusieurs établissements, les directeurs disent ne pas pouvoir les payer sans percevoir les frais des élèves, qui arrivent souvent en retard. Même les enseignants du secteur public revendiquent le paiement des arriérés de salaire après la rentrée.

L’Union nationale des Normaliens haïtiens (Unnoh) continue de réclamer le paiement des arriérés de salaire et la nomination des professeurs en poste et des finissants des écoles normales. Par-dessus tout, elle prône un salaire de base de 50 000 gourdes et des avantages sociaux pour les enseignants. Elle rejette l’augmentation de 20% en faveur de ces derniers car, selon elle, il faut un salaire avant toute augmentation. Cette organisation enjoint les gouvernants à prendre les mesures nécessaires en vue de « relever le prestige social du métier ».

L’Unnoh juge « indigne et avilissante » la condition enseignante actuelle. A l’occasion de plusieurs manifestations, conférences de presse, marches pacifiques dont la dernière remonte au vendredi 5 octobre, la journée mondiale des enseignants, les professeurs continuent d’exiger de meilleures conditions de travail.

Le traitement réservé à ceux qui transmettent le savoir aux enfants de la nation témoigne « d’un manque de considération pour l’éducation », selon une note de l’Unnoh qui en a profité pour dénoncer les per diem élevés accordés aux directeurs généraux du gouvernement lors des sorties qui représentent parfois quatre mois de salaire d’un professeur.

Par ailleurs, l’Unnoh pense que l’État haïtien doit consacrer 30 à 34% du budget national à l’éducation. 30% pour l’éducation préscolaire, fondamentale, secondaire et professionnelle, 4% pour l’enseignement supérieur.

Le coordonnateur, Josué Mérilien, a critiqué le fait que la capacité d’accueil de certaines écoles n’est pas améliorée. Au lycée Fritz Pierre Louis, cite-t-il en exemple, il y a des salles qui restent vides faute de mobiliers. Le syndicaliste en appelle à plus de responsabilité de l’État qui devrait aussi, selon lui, se pencher sur le cas des parents qui n’ont pas encore retiré les bulletins de leurs enfants dans les directions des écoles privées.

D’un autre côté, certains responsables d’écoles publiques reprochent aux parents d’être de plus en plus négligents. La directrice de l’école nationale République de Colombie accuse les parents de s’en remettre complètement à la subvention du gouvernement. « Ils ne font aucun effort. L’école reçoit certes de l’aide, mais il nous faudrait quelques frais au moins pour entretenir la cantine scolaire », se plaint-elle.

L’éducation est non seulement affectée par la situation socio-économique globale, mais aussi, de nombreuses préoccupations existent au sein même de ce champ déclaré priorité du gouvernement.
Aline Sainsoivil
sainsoivil_aline@yahoo.fr
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