102è Année - Un siècle d’information - www.lematinhaiti.com - Dernière mise à jour : 13/02/2014 14:53:09   24 Jul 2014-23h38
Haïti / Education
Déperdition scolaire, le mal chronique…
Le problème de l’éducation est crucial. Cette question épineuse, dont le nouveau président de la République a fait son cheval de bataille, est devenue aujourd’hui un des sujets brûlants de l’actualité compte tenu du projet d’éducation gratuite pour lequel un fonds (Fonds pour l’éducation nationale) vient d’être créé.
Des enfants qui ont quitté les bancs de l'école
Le problème de l’éducation est crucial. Cette question épineuse, dont le nouveau président de la République a fait son cheval de bataille, est devenue aujourd’hui un des sujets brûlants de l’actualité compte tenu du projet d’éducation gratuite pour lequel un fonds (Fonds pour l’éducation nationale) vient d’être créé. Cependant d’autres problèmes majeurs, qui constituent de grands obstacles pour l’avancement du système éducatif national, ne sont jusque-là pas abordés. L’augmentation du taux d’échec scolaire au fil des années et la déperdition scolaire sont des poids lourds pour un système en agonie.

Le système éducatif haïtien est à la croisée des chemins. Des obstacles majeurs sont donc identifiés, mais peu de solutions sont en vue. Des problèmes qui rendent inefficace le système éducatif national, on souligne la formation des professeurs, l'écart entre les références culturelles de la majorité des enfants et celles de l'école, l'inadaptation des pratiques pédagogiques.



Déperdition scolaire ou le mal récurent



L’échec et la déperdition scolaire comptent aussi, et en bonne place, parmi les problèmes qui font remettre en question le système éducatif national. La plupart des spécialistes consultés sur ce phénomène placent au premier rang des causes la situation sociale des familles, l'origine sociale des élèves, le contenu des programmes, la méthode d'apprentissage et d'évaluation, le manque ou l’absence totale de soutien à la maison.

D'autres causes expliquent également la déperdition scolaire, tels la profession et la démission des parents, leur niveau d'études, les problèmes de famille dont la mésentente, la division, la séparation, le divorce, la composition et la structure de la famille. Il en ressort que plus de deux tiers (2/3) des élèves, connaissant des difficultés scolaires, affirment s'ennuyer à l'école, ne savoir pas pourquoi aller à l'école, avoir faim au moment de s'y rendre, ne jamais lire un livre, ne posséder aucun livre classique, ne pas comprendre souvent les notes dictées ou écrites au tableau par les professeurs.

En outre, selon une enquête menée par un expert en éducation, Leroy Alténor, plus de 60% des élèves ne prennent pas le petit déjeuner avant d'aller à l'école. Ajoutés à cela, la pauvreté et le chômage des familles, les crises politiques ayant secoué le pays durant la dernière décennie, le manque de qualification des enseignants et la migration ou le déménagement.

Cette enquête a révélé également que le facteur primordial engendrant la déperdition scolaire en Haïti est la situation socio-économique et politique du pays. On peut aussi noter que le taux de déperdition est plus élevé chez les garçons par rapport aux filles, contrairement aux pays de l'Afrique subsaharienne où la problématique du genre persiste encore.



Echec scolaire et inefficacité du système



A part l'historique du système éducatif, il y a aussi un rapprochement entre la réforme de Dartigue des années 40 et celle de Bernard des années 80. Ces deux ministres de l'Education nationale ont voulu une école endogène pour, ainsi dire, l'ancrage du système éducatif dans le réel haïtien. Aussi ont-ils travaillé pour la massification ou la démocratisation de l'enseignement en Haïti et une école unique de qualité où le rural et l'urbain se retrouvent. Ce qui, aux yeux de plus d’un, pouvait garantir l’amélioration de la qualité de l’éducation en Haïti.

On doit également mettre l'accent sur le faible rendement scolaire ou la faible efficacité interne au niveau de l'enseignement fondamental. Le système est marqué par des taux importants de redoublement et d'abandon, bref par l'échec scolaire, notamment au niveau des évaluations officielles. Selon le spécialiste en éducation, Alfred Charles, l’orientation extravertie de l'école haïtienne n'arrive pas à poser les problèmes du pays. L'analphabétisme, une conception hyper-intellectualiste de l'apprentissage et, évidemment, un taux élevé de déperdition scolaire restent toujours les grandes caractéristiques de l'enseignement haïtien.

Il faut dire que, quelles que soient les causes soulignées, l'échec scolaire, en tant que problème de société, est souvent vécu comme un échec professionnel et personnel, selon les divers experts questionnés sur la question. Il faut surtout miser sur l'investissement davantage dans l'école en général et dans l'école maternelle et fondamentale en particulier. « Quand les jeunes quittent le système sans qualification, c'est la marginalisation quasi-assurée », a laissé entendre Alfred Charles.



La qualité de l’éducation toujours décriée ?



La question de la qualité de l’éducation en Haïti est aussi un point essentiel. Elle constitue souvent la substance des grands colloques au niveau national ou international. Delille Antoine, ex-président du Conseil d’administration de la Fonhep, a évoqué les grands piliers susceptibles d’améliorer la qualité de l’éducation : apprendre à connaître pour acquérir les instruments de la compréhension; apprendre à faire pour pouvoir agir sur son environnement; apprendre à vivre ensemble afin de participer et de coopérer avec les autres dans toutes les activités humaines.

Il est important de souligner le point de vue de M. Charles rappelant que l'enseignant aide l'élève à apprendre. Et l'un des moyens les plus faciles et les plus efficaces de le faire, selon lui, est de permettre à l’élève de s'exprimer sur ses apprentissages, de mettre en exergue ses compétences, de développer ses aptitudes. Il est urgent que les parents et/ou les enseignants encouragent l'élève à repérer l'essentiel, l'incitent à reformuler ou à réexpliquer les cours avec ses propres mots.

Il est important de rappeler, selon le document de l’Unicef publié en 2004 sur la qualité de l’éducation en Haïti, la nécessité de construire au sein des établissements scolaires un espace dédié aux parents d'élèves où ils pourraient bénéficier d'un certain nombre de séances de formation. Il faut aussi trouver des bénévoles et des spécialistes à même d'aider matériellement et scolairement les élèves défavorisés, inciter les élèves en difficulté à retrouver le goût des études et du travail bien fait.

Le problème de l’éducation en Haïti est complexe. Le nombre imposant de redoublants dans les écoles, les résultats catastrophiques des examens d'État, le problème de la déperdition scolaire sont autant de constats d'échec scolaire. Des propositions en vue de trouver une solution pour éviter le pire fusent de toute part. Cependant, il est évident que la situation n’a pas bougé d’un pouce. En ce sens, l’on continue à se demander si l'échec scolaire n’est pas, sans nul doute, l'échec de la société ou l'échec de l'avenir.

cjchanoine@yahoo.fr
Joseph Chanoine Charles
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