102è Année - Un siècle d’information - www.lematinhaiti.com - Dernière mise à jour : 13/02/2014 14:53:09   26 May 2017-20h40
Rara / tradition / innovation
Pour l’utilisation fertile de cette fête populaire !
Dans presque toutes les villes de provinces et sections communales du pays, le rara fait aujourd’hui, comme le veut la tradition en cette saison de Pâques, l’actualité. Cette année, plusieurs bandes de rara en profitent pour faire une campagne de sensibilisation contre le choléra.
Dans presque toutes les villes de provinces et sections communales du pays, le rara fait aujourd’hui, comme le veut la tradition en cette saison de Pâques, l’actualité. Cette année, plusieurs bandes de rara en profitent pour faire une campagne de sensibilisation contre le choléra.

La fête des Pâques est marquée en Haïti par les festivités de rara tenues un peu partout dans le pays. En province, notamment à Léogâne, à Paillant, c’est l’effervescence populaire. Si des bandes dans plusieurs sections communales du Bas-Artibonite gardent intacte la tradition de faire danser des milliers d’individus au rythme des « vaksin, bambous, tambours et cornets », d’autres utilisent des instruments à vent, notamment des trompettes et saxophones, pour faire polémique aux bandes rivales. Les bandes de rara de Jean Denis, Pont Benoit, Carrefour Ogé, Gros Chaudières, Liancourt, Désarmes et La Chapelle, pour ne citer que ces localités-là, sont mobilisées depuis environ un mois dans le but de préparer leurs défilés. On compte par milliers les jeunes et adultes affublés de couleurs, de maquillages et de miroirs qui font le spectacle dans les rues.

L’objectif majeur du rara consiste à offrir l’opportunité à la population rurale de se défouler. Il peut être également l’occasion de sensibiliser la population sur des problèmes sociaux et sanitaires. « Le rara ne peut pas être limité à une simple question de réjouissance populaire », soutient un membre de l’Union des Rara de Léogâne (Ural). La question de savoir comment profiter au maximum de cette fête populaire fait débat à Léogâne. « Le rara doit constituer cette année une source génératrice de revenus, un espace de reconstruction de la ville et de sensibilisation contre les épidémies, spécialement le choléra», estime un membre de l’Ural. C’est ce qui aurait justifié le choix du thème « Avek rara lavi ka fleri ».

La réalité saute aux yeux. Les activités financières montent d’un cran à l’occasion des raras à Léogâne. C’est le temps des vaches grasses pour les musiciens. Ils sont des centaines assurant l’animation dans une trentaine de bandes financées pour la plupart par des fans vivant à l’étranger. « Nos musiciens sont des salariés engagés spécialement pour la saison du rara. On dispose d’environ 80 000 gourdes pour l’animation », a révélé un chef de bande, précisant avoir consenti régulièrement des débours pour l’entretien des instruments : trompettes, vaksin, tambours, tchatcha, trombones, saxophones, clairons, bambous, cymbales, barytons. D’autres dépenses sont consenties afin de mettre au point les décors. Le comité directeur des bandes finance également l’achat des uniformes, de la nourriture et des boissons pour les musiciens et danseuses. Le montant total dépensé pour rendre possible les prestations des bandes est évalué à peu près à 900 000 mille gourdes.

Plusieurs membres d’organisations de rara agitent l’idée de rentabiliser cette fête populaire en utilisant l’internet et les droits d’image. A l’instar du carnaval, le rara a d’énormes possibilités de générer de l’argent. « On peut vendre le spectacle », croit Ernst Vilsaint, dirigeant d’une bande. « Nous pouvons réfléchir afin de voir comment donner une autre dimension à cette fête traditionnelle », soutient un musicien.

Contre le concept carnaval rural

Un autre point fait l’objet de débat à l’occasion du rara. Le plus souvent, on surnomme les festivités du rara : « carnaval rural ». « Le Rara n’est pas du carnaval rural », réplique Jean-Yves Blot, lors d’une intervention sur les activités de rara à Léogâne. Le professeur à l’université rejette l’idée selon laquelle le carnaval serait une fête urbaine alors que le Rara serait une manifestation rurale. Selon Jean-Yves Blot, le Rara n’est pas seulement la fête, les réjouissances. Cette fête populaire est inscrite dans une culture et, plus précisément, dans la religion vaudou marquée par des expressions corporelles et danses. La danse dans le vodou est sacrée, rappelle le vice-doyen à la recherche de l’UEH.

« Originellement, le rara est de tradition indienne. Le phénomène a évolué et a été rattrapé par les esclaves qui profitaient de leur temps libre pour se divertir. Les houes, les serpettes, les lambis (à l’instar d’une corne de bœuf) des Indiens constituaient, entre autres, leurs instruments de base », enseigne Louis Lesly Marcelin, dit Samba Zao. Deux éléments forment l’identité du rara, d’après lui. Les instruments traditionnels : tambours (kata), bambous, « vaksin », « graj », cornets de zinc que le soufflant percute avec des baguettes. Ensuite, le rara sort généralement d’un péristyle. La bande est formée sous l’égide d’un loa ou d’un saint protecteur. Par exemple, un rara peut s’appeler « L’Étoile Sainte-Marie », un autre, « L’Étoile Salomon ». Les formats de rara sont diversifiés. Une bande peut se produire tout simplement avec des tchatchas, des voix et cinq bambous ventilés suivant une structure hiérarchisée.

À Pestel et également à Baradères, on utilise un bambou sur lequel plusieurs personnes percutent avec des baguettes. D’autres groupes utilisent deux cornets et un « vaksin », indique le leader de « Samba yo », assimilant les rara qui utilisent le saxophone et la trompette à des bandes à pied du genre « Diabolo » (mardi-gras). Parfois, les soufflants qui travaillent durant les trois jours gras se produisent dans des bandes de rara en interprétant les mêmes séquences des méringues carnavalesques.

Le coup d’envoi des festivités est donné dès le Mercredi des cendres. Les comités directeurs des bandes de rara commencent alors la mobilisation pour être à point, le Vendredi saint, sur les plans mystique, financier et musical. À partir du dimanche des Rameaux, les bandes se trouvent dans l’obligation de « kase fèy ».

Le rara, héritage ancestral et culturel, occupe une place importante dans la paysannerie haïtienne. La véritable fête rurale à l’occasion de laquelle les familles d’une même localité partagent leurs émotions et expriment leurs frustrations.

Le budget du rara à Léogâne, cette année, s’élève à un peu plus de 12 millions de gourdes, mais le gouvernement haïtien n’a voulu verser que 2 millions de gourdes, selon les membres de l’Union des Rara de Léogâne.
Hudler Joseph
josephudler@yahoo.fr
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