La Sélection nationale de football n’est pas à sa première confrontation déséquilibrée. Celle qui a eu lieu au Venezuela le 28 février contre d’anciennes gloires sud-américaines, jointes par Christian Karembeu (victoire des nôtres, 4-1), a été précédée en 2003 par une victoire 4-3 aux dépens d’une sélection brésilienne de 17 ans et en 2007 par un « défi » de vieux Brésiliens emmenés par Romario à Miami. Le 7 mars, Haïti sera en Allemagne où Lothar Mathaus et une troupe de vieux combattants teutons l’accueilleront.
Ces deux dernières rencontres diffèrent des premières, vu les circonstances. Le football international a tenu à être présent aux côtés du peuple haïtien dans la détresse qui accable aujourd’hui ce dernier ; on ne pouvait pas trouver des adversaires dignes d’une Sélection nationale par une simple chiquenaude, alors que les matchs internationaux sont fixés plusieurs mois à l’avance et que, par ailleurs, les clubs sont concernés par leurs championnats respectifs. Le symbolisme du geste vaut son pesant d’or, d’autant plus qu’en Allemagne, la Sélection nationale a été l’invitée vedette de la rencontre amicale Allemagne-Argentine jouée ce mercredi.
Si nos représentants l’emporteront toujours face aux vétérans, qui qu’ils soient, donc pas de challenge sportif ; il convient de reconnaître aussi qu’il aurait été douloureux pour l’équipe haïtienne de répondre aux questions d’un adversaire équilibré. En effet, depuis la fin du mois de décembre 2009, fermeture de la saison, les footballeurs haïtiens étaient en vacances. À peine que certaines équipes reprenaient-elles l’entraînement pour l’ouverture du championnat au cours du week-end du 8 au 10 janvier, que le monstre du 12 janvier avait frappé. Le Violette et le Cavaly, par exemple, s’entraînaient à ce moment-là. Les joueurs léogânais ont vu leur terrain se contorsionner tandis que la clôture chutait dans un bruit affreux, abandonnant la petite tribune dans sa nudité.
La Fédération a répondu au pied levé aux invitations, et elle n’a pas tort. Les joueurs appelés ont été rassemblés en catastrophe à Mirebalais sous la direction de Jean Roland Dartiguenave. Ils n’ont pas dû avoir plus de quatre séances. Ce qu’ils auraient souffert face à un adversaire de leur niveau, ou supérieur ! C’est fait : les garçons ont joué dans l’esprit qui sied à une telle manifestation, c’est-à-dire avec fantaisie et fair play. Higuita ,dans le but des All Stars, a réussi aux trois quarts son fameux « Coup du scorpion » ,déviant en corner un lob un peu raté de Peter Germain. Il était cependant impuissant quelques minutes auparavant quand le meneur de jeu saint-marcois cisela parfaitement sa pichenette lobée des 20 mètres. Joli. À son tour, le facétieux Colombien, pour égaliser, mystifia Peterson Occénat par un penalty Panenka que Paulin Jean avait concédé. Épatant. En reprenant à bout portant un centre en retrait de Surin, Angelot Dieujuste, le Grosmornais de l’AS Carrefour, marqua le 4e but. Normal. Après avoir réussi le 2e but sur un puissant tir des 23 mètres à quelques centimètres du sol (impressionnant), Éliphène Cadet fit jaillir de sa fantaisie le fait de la soirée en évitant ostensiblement la frappe du coup du pied ou de l’intérieur, sur une passe en retrait de Surin, pour privilégier à environ sept mètres du but son talon droit qu’il usa en force, obligeant Higuita à aller chercher le ballon à mi-hauteur au delà de la ligne de but. Génial.
Les Careca, Francescolli, Aquinaga, Karembeu, Sorin, avaient tout dans leurs têtes et presque rien dans les muscles. Le combat était donc inégal. Mais pour aider Haïti à gagner son combat contre le sort et contre lui-même, aucun combat n’est inégal.