vendredi 10 septembre 2010
   
         
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12/17/2009

 

 
Culture
Haïti / Protection patrimoine / Mise en garde contre les chasseurs de trésors…

    

 

Tenant compte des pillages des sites des musées, églises, etc., suite aux dégâts causés par le séisme du 12 janvier dernier, l’Institut de sauvegarde du patrimoine national d’Haïti, l’Unesco, Le Bouclier bleu et des citoyens haïtiens se mobilisent contre les chasseurs de trésors en vue de sauvegarder le patrimoine mobilier du pays.

Selon un communiqué du Bouclier bleu publié le 14 janvier dernier, « la culture est un besoin vital et le patrimoine, une nécessité symbolique qui donne du sens à la vie humaine en reliant le passé, le présent et le futur. Le patrimoine est porteur de valeurs qui aident à rétablir un sentiment de normalité et permettent aux gens d’aller de l’avant. Le patrimoine est fondamental dans la reconstruction de l’identité, la dignité et l’espoir des communautés après une catastrophe […] La mission du Bouclier bleu est de travailler à protéger le patrimoine mondial menacé par les conflits armés, les catastrophes naturelles ou causées par l’homme ».
Ce communiqué du Bouclier bleu entend prévenir les chasseurs et les pillards de patrimoine et d’objets d’art. En effet, divers cas de pillages d’œuvres d’art de grande valeur et monuments historiques rares ont été recensés. Ces fouilles vandales ont été effectuées sur les sites des décombres des musées, galeries, églises ainsi que d’autres édifices « à caractère patrimonial historique », dont les ministères et les Palais national, législatif et judiciaire. Dans la foulée, des œuvres d’art de grande valeur ainsi que des monuments historiques rares ont clandestinement quitté le pays, « déjà si lourdement affecté par le tremblement de terre du 12 janvier ».
Devant l’envergure de tels actes de dilapidation, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) emboîte le pas au Bouclier bleu en lançant « une campagne visant à protéger du pillage le patrimoine mobilier d’Haïti, notamment les collections d’art présentes dans les musées, les galeries et les églises endommagés […] ». Par ailleurs, en date du mercredi 6 février 2010, la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, a écrit au secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, « pour solliciter son soutien afin d’éviter la dispersion du patrimoine culturel haïtien ».
Irina Bokova s’est adressée en ces termes au secrétaire général de l’Onu : « Je vous serais très reconnaissante si vous pouviez demander à John Holmes, votre Envoyé spécial en Haïti et secrétaire général adjoint aux Affaires humanitaires ainsi qu’aux autorités compétentes chargées de superviser la coordination de l’aide humanitaire des Nations unies à Port-au-Prince – la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) et le Département des opérations de maintien de la paix – d’assurer, autant que possible, la sécurité immédiate des sites où se trouvent ces œuvres d’art. »
Plus loin, elle demande aussi à Ban Ki-Moon « d’envisager de recommander au Conseil de sécurité d’adopter une résolution instituant une interdiction temporaire du commerce ou du transfert des biens culturels haïtiens ». La directrice générale propose également que des « institutions comme Interpol, l’Organisation mondiale des douanes (OMD), entre autres, contribuent à la mise en œuvre d’une telle interdiction ».
Abondant dans le même sens que Le Bouclier bleu, la directrice générale de l’Unesco croit que « ce patrimoine est une source d’identité et de fierté inestimable pour les habitants de l’île et sera essentielle au succès de leur reconstruction nationale », car, a-t-elle souligné dans sa lettre, « il est important d’éviter que les chasseurs de trésors fouillent les décombres des nombreux lieux emblématiques qui se sont effondrés pendant le séisme comme l’ancien Palais présidentiel et la cathédrale de Port-au-Prince, ou de nombreux bâtiments de Jacmel, la ville coloniale française du 17e siècle, qu’Haïti envisageait de proposer à inscrire sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco ».

Ispan, Archives, Mupanah et CP3

De leurs côtés, les institutions et citoyens haïtiens n’ont attendu ni le Bouclier bleu ni l’Unesco pour se mobiliser en vue de la protection contre le pillage et pour la sauvegarde du patrimoine culturel du pays. Pour preuve, l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (Ispan) avait, bien avant l’Unesco et un peu après Le Bouclier bleu, lancé un appel visant « la sauvegarde du patrimoine bâti à haute valeur culturelle de notre pays ».
Portant la signature du directeur général de l’Ispan, Daniel Élie, ancien titulaire du ministère de la Culture et de la Communication (MCC), cette note entendait attirer l’attention des organismes et institutions responsables du déblaiement sur la probabilité de sauver des œuvres d’art et autres pièces de grande valeur artistique et esthétique encore sous les décombres des édifices broyés ou endommagés par le séisme.
Et la note de préciser que « l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (Ispan), justement alarmé par les dispositions prises pour procéder à la démolition immédiate des structures, installations et constructions jugées dangereuses, suite au séisme du 12 janvier 2010, lance un appel d’urgence aux mairies, au ministère des Travaux publics et à tous les organismes et institutions nationaux d’obtenir son accord avant de procéder à la démolition de toute construction ancienne à caractère patrimonial historique. L’Ispan fera effectuer une évaluation approfondie des structures concernées par des techniciens spécialisés et sous son contrôle ».

Trois bibliothèques : plus de 70 000 titres

L’autre instance ayant entrepris des actions devant largement contribuer à sauvegarder le patrimoine du pays demeure les Archives nationales. Tout de suite après le 12 janvier, un partenariat a été trouvé entre celle-ci, la Bibliothèque haïtienne des Pères du Saint-Esprit (établie depuis 1873 en Haïti), la Bibliothèque haïtienne des Frères de l’Instruction chrétienne (fondée en 1912) , la Bibliothèque nationale (construite en 1939), et Brooke Wooldridge, coordonnateur du Projet de numérisation des bibliothèques et archives de la Caraïbe.
Basée à l’Université internationale de Floride, cette organisation a été fondée en 2004 dans l’intention d’encadrer et de fournir une assistance technique et financière aux différentes bibliothèques et archives de la Caraïbe. Les Archives nationales représentent toute la mémoire collective du peuple haïtien en termes de culture et d’histoire. Aux côtés des Archives nationales, les trois bibliothèques ayant bénéficié du partenariat avec le Projet de numérisation des bibliothèques et archives de la Caraïbe représentent plus de soixante-dix mille titres et/ou livres, sans compter les périodiques, des manuscrits, et d’autres titres rares.
La Bibliothèque haïtienne des Pères du Saint-Esprit est un fonds de documents portant sur l’histoire d’Haïti, depuis la période coloniale française jusqu’au 20e siècle. Quant à la Bibliothèque des Frères de l’Instruction chrétienne, elle est, entre autres, une immense conservation de titres de journaux ayant marqué l’évolution de la presse haïtienne.

Pour boucler la boucle

Du reste, le Musée du panthéon national d’Haïti (Mupanah) grossit les rangs. Selon un article publié sur le site de Radio Kiskeya le dimanche 28 février dernier, « La Direction générale du Musée du Panthéon national (Mupanah) a officiellement demandé à des personnes publiques, des établissements publics, des institutions d’utilité publique ou des particuliers collectionneurs ou détenteurs de documents, objets ou mobilier de valeur artistique, archéologique ou autre, de bien vouloir lui confier la garde provisoire ou définitive de ces pièces ».
« La Direction générale du Mupanah assure les propriétaires légaux de ces biens patrimoniaux que toutes les dispositions ont été prises afin de les accueillir et de les conserver dans les meilleures conditions. Tout sera fait pour les protéger et, le cas échéant, les restaurer. De plus, un certificat de dépôt sera délivré afin d’en permettre la récupération éventuelle, une fois la situation sécuritaire rétablie », poursuit le même article.
Enfin, en amont et en aval de toutes ces instances nationales et internationales, des intellectuels et artistes haïtiens se sont groupés au sein d’un collectif pour la protection et la sauvegarde du patrimoine du pays. Fondé « le 14 janvier 2010 dans les jardins du ministère de la Culture et de la Communication », le Collectif Post-désastre protection patrimoine (CP3) se donne pour objectif d’« identifier et inventorier les différents monuments, espaces et équipements culturels après la catastrophe naturelle du 12 janvier » et prévenir la profanation, la dilapidation et l’exportation clandestine du patrimoine mobilier du pays.
Conséquemment, le CP3 entend agir de concert « avec les institutions locales et internationales spécialisées dans le domaine » de la protection et de la sauvegarde du patrimoine et, ce, « en vue de garantir la pérennité des ces biens et équipements culturels ».
Enfin, le CP3 se donne également pour objectif de sensibiliser et d’« éduquer la population sur l’importance des œuvres et monuments de grande valeur historique ». Des manifestations ont été entreprises sur plusieurs places publiques de la zone métropolitaine, dont l’aire du Champ de Mars. Des sites détruits et/ou endommagés tels que le Marché en fer, le Musée d’art du Collège Saint-Pierre, le Centre d’art, la Cathédrale de Port-au-Prince, l’Église Sainte Trinité ainsi que d’autres monuments et équipements ont été répertoriés, identifiés puis scellés, grâce à des tronçons de rubans portant le logo du CP3.
Le patrimoine mobilier et immatériel d’un peuple constitue sa mémoire et est donc dépositaire de l’ensemble de ses rapports avec le temps, l’espace et la mort. Le sauvegarder, c’est prévenir l’oubli (collectif), la perte des repères historiques en termes de passé, de présent et de futur.
Qui aurait cru que, parmi les étrangers ayant visité Haïti entre le mardi 12 janvier et aujourd’hui, figurent également des « kokorat » d’autres calibres ! Sous le couvert de volontaires et prétendant venir prêter main forte, légion sont ceux se livrant à une véritable chasse aux trésors. Dès la tombée de la nuit, ils assurent la relève – en lieu et place de nos classiques « kokorat ». Ils farfouillent, dilapident et exportent !

Par Antoine-Hubert Louis
lundi 8 mars 2010

 
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