Le secteur éducatif tente de se remettre à flots après le terrible tremblement de terre qui a balayé Haïti le 12 janvier dernier. Toutefois, le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) n’a pas encore donné le signal de départ
Tant au niveau scolaire qu’universitaire, on multiplie les rencontres afin de dresser un état des lieux et étudier les stratégies en vue d’une reprise des activités.
Du côté du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) qui indique avoir recensé environ 1 500 écoles détruites et 2 500 endommagées, les interventions se font à deux niveaux dans cette perspective.
Dans les départements qui n’avaient pas été touchés par la catastrophe, des structures sont mises en place afin d’accueillir les élèves, 200 000 pour le moment, qui s’y sont réfugiés. Près de 1 700 ont pu être casés soit dans les établissements publics (lycées, écoles communales), soit dans des écoles privées qui ont « gracieusement » accepté de les recevoir, selon ce qu’a fait savoir Rénold Thelfort, directeur de l’Enseignement fondamental au MENFP et responsable de la commission chargée de la reprise des activités scolaires. L’État s’est engagé à prendre en charge ces déplacés en leur fournissant quotidiennement un « repas » chaud. Dans cette même optique, les autorités travaillent actuellement à canaliser les organisations non gouvernementales (locales et internationales) vers les zones hôtes, a poursuivi le responsable.
En ce qui a trait aux départements affectés, des dispositions sont en cours de manière à renouer avec les activités scolaires. Il est question, avec l’aide de la Coopération espagnole et du Programme alimentaire mondial (Pam), de doter les établissements pouvant fonctionner de bancs, d’infrastructures temporaires (tentes, bâches) et de kits scolaires (craie, cahiers).
Il n’y a pas encore de date arrêtée officiellement pour la reprise des activités scolaires violemment stoppées par le séisme du 12 janvier dans les zones affectées, notamment Port-au-Prince qui offrait près de 50 % de l’offre scolaire du pays.
Néanmoins, il importe de souligner que depuis le lundi 1er mars, de nombreuses écoles congréganistes ont recommencé à fonctionner et ce, en dépit de la publication dans la presse par le MENFP d’une note enjoignant les établissements scolaires de le faire à son signal.
Les écoles privées ne sont pas non plus inactives. En début de semaine, leurs responsables s’étaient entretenus avec des dirigeants de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) autour de la question de la réouverture des classes.
Les universités
À l’échelle universitaire où les dégâts sont tout aussi considérables, on met également les bouchées doubles pour la reprise des activités académiques. Dans les rangs de l’Université d’État d’Haïti (UEH) où jusqu’ici la mort d’environ 300 étudiants, 20 à 30 professeurs et 20 membres du personnel administratif est à déplorer, le redémarrage est fixé au mois de mai. La date est aussi éloignée en raison de l’implication de l’UEH dans des activités de « service à la communauté ». Les cours seront dispensés dans des maisons préfabriquées. Toutefois, les fonds nécessaires à l’achat de ces maisons qui seront érigées à Damien ne sont pas encore disponibles.
Le tremblement de terre a quand même servi à quelque chose, puisqu’il contraint les dirigeants à enfin construire un campus universitaire à Damien. Cet espace, qui a toujours fait défaut à l’UEH, s’étendra sur 50 hectares de terre. Ce tragique événement a également, via une résolution adoptée au début du mois de février, permis aux plus hautes instances de l’Université d’État de comprendre la nécessité de regrouper les différentes disciplines enseignées à ladite université en trois grands champs. Dénommé « Sciences pures et appliquées », le premier champ comprend la faculté des Sciences et la faculté d’Agronomie et de Médecine vétérinaire. Le second a pour appellation « Sciences humaines et sociales ». Seront regroupées sous cette appellation, la faculté des Sciences humaines, la faculté de Linguistique appliquée, l’Institut d’Études et de Recherches africaines, la faculté d’Ethnologie et la faculté de Droit et des Sciences économiques, entre autres. Il comporte un sous-champ dans lequel figureront des domaines tels que le Droit, les Sciences économiques et les Sciences politiques.
En dernier lieu, on a les « Sciences de la santé », regroupement qui sera composée de la faculté de Médecine et de Pharmacie, de la faculté d’Odontologie et de l’École des infirmières.
L’Université autonome de Port-au-Prince (Unap), pour sa part, envisage de recommencer à fonctionner le 15 mars à Santo (Plaine du Cul-de-sac). Cet espace qui abritait l’annexe de la faculté de Médecine, sera désormais le campus de l’Unap. Un responsable, qui a voulu garder l’anonymat, a indiqué qu’il faudrait attendre la semaine prochaine pour avoir un bilan détaillé des pertes en vies humaines et en infrastructures au niveau de cette entité. Pour l’heure, un bilan partiel fait état de deux morts dont un étudiant.
Le 9 mars est la date officielle retenue pour la réouverture de l’Université Notre-Dame d’Haïti. Néanmoins, a souligné Mgr Pierre-André Pierre, la logistique fait défaut, car deux bâtiments de l’UNDH se sont complètement effondrés alors que les autres sont mal en point. Qui plus est, ils n’ont pas suffisamment de bâches et de tentes. Entre-temps, les étudiants finissants en Médecine et en Sciences infirmières ont déjà repris le travail.
L’Université de Port-au-Prince (UP) où les premières données recueillies avaient confirmé la mort d’un peu plus de 700 personnes et de l’effondrement total de son édifice de la rue Rivière, aucune date officielle n’est encore retenue. Le rectorat de cet établissement devrait à cet effet se réunir ce week-end.
La situation est certes difficile pour les écoles et les universités haïtiennes, elles peuvent cependant compter, comme tel a toujours été le cas dans le passé, sur l’aide internationale.
À titre d’exemple, en visite en Haïti, la Première dame dominicaine, Margarita Cideño, a procédé mercredi dernier à l’inauguration de 15 salles de classe mobiles logées dans des autobus. De plus, dans un communiqué publié sur son site internet, l’Université Toulouse 7 a appelé à la « générosité » de ses différentes composantes afin, dit-elle, de « financer dans les mois à venir des séjours d’étudiants haïtiens dans l’université, des ouvrages universitaires et, le cas échéant, des travaux de reconstruction par le relais d’une ONG locale (…) ».