La Coupe d’Afrique des Nations inaugure ce dimanche sa 27e édition à Luanda, Angola, par une prometteuse opposition Pays organisateur – Mali. Jamais l’Afrique n’a été aussi riche en valeurs individuelles, jamais ce continent n’a paru si près d’accéder à une demi-finale de Coupe du monde. Le Ghana, le Cameroun, la Côte d’Ivoire sont en pole position pour cette performance. Le Nigeria et l’Algérie paraissent redevenus compétitifs à un degré supérieur à l’Afrique du Sud qui aura, elle, l’avantage de recevoir la prochaine Coupe du monde. Qui peut plus pouvant moins, de ce groupe devrait sortir au moins un des deux finalistes du 31 janvier.
Défileront dans les stades angolais les entraîneurs ou leurs adjoints des équipes nationales qui partagent les mêmes groupes de Coupe du monde que les qualifiés africains, c’est-à-dire, pour ne citer que les pays vedettes en Haïti, le Brésil pour la Côte d’Ivoire et l’Argentine pour le Nigeria.
Ainsi, en moins de six mois, l’Afrique organise deux compétitions, la sienne et la mondiale, qui ne manqueront pas d’attirer l’attention. Et pour cause, l’événement réunira quelques-unes des meilleures pointures du très haut niveau mondial, les Essien, Drogba, Eto’o, Yaya Touré, Seydoux Keyta, Mahamadou Diarra, Kanouté, Éboué, Kolo Touré etc.
Paradoxe – en est-ce un réellement ?– la presse sportive haïtienne n’arrive pas à aiguillonner l’opinion publique nationale autour de l’événement. Notre passion du foot international élevé pratiquement au rang de champ de connaissance académique et nos liens de parenté africaine, souvent revendiqués, même si c’est quelques fois avec hypocrisie, devraient provoquer la fièvre en Haïti. D’autres données historico-politico-culturelles influent plutôt dans le sens de cette indifférence.
Par son fameux « Et les pauvres Noirs dont les pères sont en Afrique, n’auront-ils donc rien ? », Jean-Jacques Dessalines avait lancé l’idée, pratiquement mort-née du fait de son assassinat, d’une société haïtienne authentique et juste. Elle ne fut ressuscitée, idéologiquement, qu’au cours des années 1920 par l’Indigénisme, dont évidemment Louis Price Mars fut le héraut avec « Ainsi parla l’Oncle ». Césaire dira ensuite que « Haïti est le pays où la négritude s’est mise debout pour la première fois. »
Hélas ! Les civilisations sont de grandes voyageuses à forte tendance englobante. Face à l’Occident étendu dans toute l’Amérique, l’orgueilleuse mais trop pauvre et trop faible Haïti abdiqua bien vite : pas de moyens intellectuels et matériels d’un retour à la juive sur la terre des ancêtres ni d’un prolongement conscient, donc assumé, d’une fraternité, comme peuvent l’être les relations franco-québécoises ou anglo-américaines. Pour cela, il aurait fallu, il faut, des échanges aussi bien culturels que matériels, dans le binôme Afrique-Haïti, spirituels aussi. Nos pauvretés matérielles respectives nous ont condamnés au sec réalisme de cœurs éloignés, privés de nourriture. Triste constat.
On ne mange pas ce qu’on aime, on aime ce qu’on mange. En football, plus qu’en toute autre chose, les maîtres du monde nous offrent français et anglais, américain et brésilien, italien et argentin. Comment donc aimer malawite ou malien ?
En en mangeant ne serait-ce que les miettes de la télévision française captée à Port-au-Prince. Si nous nous y mettons réellement, nous découvrirons des Kwame et des Obuyu, des Sy et des Boubacar, des Kamusi et des Tschombé.
Le football africain grandit. Mises ensemble, les stars n’arrivent pas à fournir un spectacle équivalent à la somme logique de leurs talents. C’est un peu le grand paradoxe du football brésilien : ordinaire quand on assiste à un match de championnat, agréablement inénarrable en Sélection. Ne serait-ce que sous ce rapport, aimer et suivre le football africain ne devrait pas être un pensum, c’est une belle promesse.