Depuis quelques années, on assiste dans le pays à la réalisation de nombreuses manifestations culturelles et littéraires autour du livre. On compte au nombre de ces événements : Livres en folie, Livres en liberté, la rentrée littéraire des Presses nationales d’Haïti et la Fête du livre jeunesse.
Livres en folie, une initiative de la Unibank et du journal Le Nouvelliste, est organisée en partenariat avec des éditions, des librairies et des diffuseurs de la place. Elle donne lieu à des activités de vente-signature, de rencontres avec les auteurs. Depuis 2002, cette foire accueille des invités d’honneur comme Frankétienne, Leslie Manigat, Gary Victor, Yanick Lahens, Georges Anglade. Étant le plus grand événement annuel du livre, Livres en folie contribue à la production littéraire, en ce qu’il est pour de nombreux auteurs l’occasion de publier leurs ouvrages.
C’est en effet, pour eux, une vitrine d’exposition et de vente. Les lecteurs ont ainsi un grand accès au livre à Livres en folie, vu la réduction des prix qui vont souvent de 40 à 50 %. Cependant, dans cette course à la publication, la qualité de bon nombre de ces œuvres laisse à désirer.
Livres en liberté, créée par Clément Benoît de la bibliothèque Georges Castera du Limbé, se veut une foire itinérante. Lancée depuis 2002, elle se tient dans de nombreuses villes de province. La plus récente manifestation, dont l’écrivain Evelyne Trouillot a été l’invitée d’honneur, s’est tenue les 28 et 29 novembre à Port-de-Paix. Cette caravane du livre, à laquelle prennent part des écrivains contemporains de renom, jouit d’une grande réputation dans le milieu littéraire haïtien. L’objectif, pour son fondateur, est d’apporter le livre partout dans le pays, le rendre accessible.
La Fête du livre jeunesse est organisée depuis neuf ans sur le thème : « Je dessine l’avenir en lisant ». Elle constitue un espace de rencontre avec les auteurs et illustrateurs, de lecture, de vente dédicace et de divertissement (spectacle de contes, de marionnettes, de musique, etc.). À chaque édition, paraissent de nouveaux titres allant du roman policier au roman historique en passant par la poésie. L’une des caractéristiques de cette foire est l’implication des maisons d’éditions (Editha, Collège Canapé-Vert, Choucoune, CUC) qui s’efforcent de publier chaque année de nouveaux titres pour le bonheur des jeunes lecteurs.
À la Fête du livre jeunesse, l’on ne cesse de remarquer l’engouement des jeunes pour la lecture. En témoigne l’affluence sous les tentes de Biblio Service, cette bibliothèque ambulante qui offre des services de lecture. Quant à la rentrée littéraire, manifestation littéraire des éditions des Presses nationales d’Haïti, elle est exclusivement consacrée à des activités autour des livres qu’elles éditent. L’objectif de cette opération est d’assurer la promotion de la créativité littéraire et la préservation du patrimoine littéraire haïtien.
Par ailleurs, il faut mentionner les journées littéraires de nombreuses institutions scolaires. Signe du grand intérêt manifesté par les responsables pour le livre. L’une des retombées de ces manifestations, c’est de permettre des rencontres entre les écrivains et ces institutions.
Toutefois, ces manifestations autour du livre ne semblent pas avoir la dimension de salon littéraire, où l’on retrouve des conférences-débats, des émissions autour des thèmes divers sur la littérature, la problématique du livre et des éditions, et des activités culturelles, littéraires autour du livre. De véritables manifestations susceptibles d’enrichir la littérature ! Les faiblesses enregistrées dans la réalisation de ces manifestations sont dues à la quasi-absence d’une politique du livre – qui devrait être définie par l’État – et de structures éditoriales.
En revanche, d’aucuns conviennent de l’importance de ces manifestations visant la démocratisation du livre, car elles permettent la grande circulation et le plus grand accès au public. À Livres en folie, des milliers d’ouvrages se vendent à des prix réduits. Livres en liberté contribue à la déconcentration des activités littéraires autour du livre, en organisant des foires dans des lieux reculés du pays, où le livre semble une denrée rare. Toutefois, il reste à l’État à définir et à prendre les mesures pour appliquer une politique du livre, où ces diverses actions pourraient converger, ce qui les rendrait plus efficaces.
* Cet article a paru dans le tiré à part du festival Étonnants voyageurs de 2010, qui se tiendra les 14, 15 et 16 janvier.