Au tournant de la décennie 2000, le tourisme haïtien cherche encore sa voie et son repositionnement sur la scène touristique régionale. Le secteur a bénéficié, au cours des quinze dernières années (1995-2009), de la faveur d’un certain nombre d’acquis : deux plans de développement touristique (1996 et 2006), la création du ministère du Tourisme et l’adoption d’une nouvelle loi organique (2001), un nouveau Code des investissements (2002), un meilleur partenariat privé-public qui a conduit, entre autres, à la construction du nouveau quai de Labadie (2009), l’aménagement de la plage de Port-Salut (2009), la construction de l’aérogare de Jacmel (2009), et la réalisation de diverses actions à caractère sectoriel et/ou transversal. Au fait, si les observateurs s’accordent à reconnaître l’immense potentiel touristique du pays, et les récents acquis du secteur touristique haïtien, il est clair que d’autres vrais défis sont à relever au cours de la prochaine décennie 2010-2020.
1.Survol de la période touristique allant de 1995 à 2009
La période touristique de ces quinze dernières années a été respectivement dominée par l’application de quatre logiques : une logique de la relance du secteur, une logique de restructuration du secteur, une logique de la consolidation des acquis, et enfin une logique de redynamisation du secteur touristique haïtien.
1.1.Une logique de la relance du secteur touristique entre 1995 et 2000
Au retour de l’exil du président Jean-Bertrand Aristide, tout l’espoir reposait sur une éventuelle renaissance du tourisme haïtien. En 1996, un Plan directeur tourisme (PDT) a donc vu le jour. Ce plan, malgré ses limitations, contenait toutes les bonnes intentions et orientations stratégiques et politiques permettant d’asseoir de manière rationnelle un développement harmonieux et viable du secteur touristique haïtien. Un ensemble de projets ainsi que la réalisation de schémas directeurs pour les régions de Fort-Liberté, de Môle St-Nicolas et de Jacmel ont été proposés. Ainsi, le PDT de 1996 a eu le mérite de pouvoir identifier les immenses potentialités du pays.
En dépit du dynamisme et de la volonté dont firent montre la secrétaire d’État au Tourisme d’alors et son staff, le PDT n’a pas été mis en œuvre suivant le calendrier prévu. En conséquence, certaines échéances n’ont pas été respectées et les recommandations ont perdu de toute leur vraie pertinence. Par ailleurs, d’autres réalisations peu ou prou significatives ont marqué l’époque, à savoir la construction du port touristique de Jacmel, l’élimination de visas d’entrée pour les étrangers ; l’établissement de trois Maisons du Tourisme (à Port-au-Prince, Jacmel et Cap-Haïtien) ; le lancement et le renforcement de la coopération touristique haïtiano-dominicaine, de la coopération haïtiano-cubaine, etc.
1.2.Une logique de restructuration du secteur entre 2001 et 2004
La période 2001-2004 a été marquée par le fort désir de restructuration du secteur touristique. Pour y parvenir, la secrétairerie d’État du Tourisme fut relevée au rang de ministère (2001). À la même année, une loi organique fut promulguée et adoptée pour régir le secteur. L’adoption d’un nouveau Code des investissements en novembre 2002 qui consacra un chapitre entier (chapitre VII) aux investissements dans le domaine touristique (articles 37, 38, 39). Ces provisions du Code ont certes attiré des investisseurs potentiels (le projet de l’hôtel Hilton du côté de l’aéroport Toussaint Louverture, par exemple) qui se sont ensuite désistés à cause de l’incertitude politique qui régnait dans le pays entre 2003 et 2004. Il faut tout aussi souligner la création de la Commission interministérielle des investissements (CII, en 2003).
En plus des activités structurantes, cette période a jeté les bases d’une réflexion nourrie autour des opportunités offertes par l’écotourisme en Haïti. Le renforcement de la coopération touristique haïtiano-cubaine. Aussi, la réalisation des Educa-tours dans le pays (2001 et 2002), soit une initiative de la ministre du Tourisme d’alors d’emmener des écoliers du pays visiter quelques sites historiques, culturels et naturels du pays tels le Parc national historique, Marchand /Dessalines, Labadie, Cap-Haïtien, etc.
1.3.Une logique de la consolidation des acquis entre 2004 et 2006
Cette période n’a pas connu de faits et réalisations majeurs en matière touristique. À preuve, le tourisme n’a même pas été formellement inscrit au rang des priorités nationales formulées dans le document du Cadre de coopération intérimaire (CCI, 2004). La situation sociopolitique d’alors ne prêtait pas totalement aux activités strictement touristiques compte tenu de l’ambiance d’insécurité qui sévissait suite au second départ pour l’exil de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide en février 2004.
Au fait, cette période a bon gré mal gré soutenu la consolidation de quelques acquis liés à la promotion et à la facilitation des investissements « touristiques » en Haïti (la création du Centre de facilitation des investissements en janvier 2006, entre autres). Ce centre, en tant qu’instrument de promotion et de facilitation des investissements privés en Haïti, doit encore être mieux outillé pour pouvoir jouer efficacement son rôle de facilitateur. En termes de réalisations, il faut également mentionner la formation dédiée aux cadres et opérateurs du secteur, une reconnaissance formelle et un support tacite aux fêtes champêtres comme activités culturelles et touristiques, génératrices de revenus et créatrices d’emplois, etc.
1.4.Une logique de redynamisation du secteur entre 2006 et 2009
La période 2006-2009 a été surtout inspirée par une logique de redynamisation du secteur. Grâce à une éclaircie dans l’horizon sécuritaire du pays, le secteur touristique a lancé en 2006 les travaux de révision du PDT de 1996. Cette révision projette une vision future et moderne du tourisme haïtien. Un nombre de 47 projets ont été identifiés, et ces projets devraient venir en appui à la redynamisation de l’activité touristique à travers les objectifs de croissance poursuivis.
Au cours de ces trois dernières années, près d’une quinzaine de projets d’investissements touristiques ont été approuvés par la CII, organe institué pour recevoir et statuer sur la conformité et l’éligibilité des dossiers d’investissements, soumis, aux avantages et privilèges prévus par le Code de 2002. Cependant, bon nombre d’entre eux demeurent en suspens à cause des requêtes pour des terres de l’État haïtien qui tardent encore à être agréées. Aussi, le secteur touristique haïtien a été au cœur de toute une série de rencontres internationales et nationales qui ont servi de prétexte à la promotion des opportunités d’investissements dans le tourisme. À souligner le rôle joué par Haïti qui est devenue rapporteur en 2008/2009, puis président du Comité spécial du Tourisme durable de l’Association des États de la Caraïbe (AEC) en 2009/2010.
Cette période a été également empreinte d’une certaine dynamique dans la coopération avec les partenaires internationaux. Ce changement d’attitude au bénéfice du tourisme leur a permis de jeter un nouveau regard sur les opportunités offertes par le secteur touristique haïtien. Des activités menées conjointement avec des partenaires tels l’OMT, la CTO, la BID, l’OEA, et l’USAID, à travers sa branche MarchE, ont facilité la création de certaines alliances. Aussi, un solide partenariat privé-public qui a conduit, entre autres, à la construction du nouveau quai de Labadie (2009) et l’inauguration de l’arrivée du plus gros paquebot « Oasis of the Seas » le 3 décembre 2009, l’aménagement de la plage de Port-Salut (2009), la construction de l’aérogare de Jacmel (2009), et la réalisation d’une kyrielle d’autres actions non moins significatives.
(à suivre)
Fulbright Fellow
eunoel@yahoo.ca