D’ici avril 2010, Téléco ne sera plus. Les Télécommunications d’Haïti S.A. (Téléco) seront remplacées par Natcom. Cette information rapportée par divers médias a été confirmée par le directeur du Conseil de modernisation des entreprises publiques (CMEP), Yves Bastien. Et c’est Viettel, une entreprise publique du Vietnam, qui pourrait gagner la mise.
Voilà donc qui mettra fin au processus de modernisation de la Téléco dont la privatisation a été annoncée par le chef de l’État, depuis octobre 2006. « On s’achemine vers la création d’une société mixte, gouvernement/secteur privé. Car, dans le domaine des télécommunications, vous avez besoin de gens qui s’y connaissent et qui savent qui a les moyens d’investir dans le secteur », avait déclaré, à l’époque, le chef de l’État à un journaliste de Miami Herald, soulignant que la compagnie nationale de télécommunications est nettement déficitaire.
Aussi, pour remédier à cette situation, la plus forte partie de la Téléco est-elle en passe d’être acquise par une entreprise publique du Vietnam, la Viettel Corporation. La Viettel offre 59 millions de dollars pour 70 % des actions des Télécommunications d’Haïti S.A., alors que, le principal propriétaire, la Banque de la République d’Haïti (BRH), n’avait mis en vente que 60 %.
Pour arriver à cette étape, à côté du CMEP, les services de la Société financière internationale (SFI), une filiale de la Banque mondiale spécialisée dans la mise en place de partenariats publics/privés ont été sollicités. 32 compagnies de télécommunication établies dans 20 pays ont été sensibilisées à la question de la Téléco et l’appel d’offres a été, entre autres, publié dans les journaux The Economist et Financial Times.
En dépit de toute cette mobilisation, la moisson n’est pas grande. Au départ, six entreprises avaient manifesté un intérêt : America Movil/Codetel (République dominicaine), KDDI Corporation (Japon), Unibank (Haïti), Digicel Group Ltd (Jamaïque), Trilogy International Parteners LLC [Comcel/Voilà] (USA) et Viettel Corporation (Vietnam). Cependant, seulement trois de ces entreprises ont soumis un dossier de candidature au CMEP : Digicel, Trilogy et Viettel.
Que vaut la Téléco aujourd’hui ?
L’offre de 59 millions de dollars de Viettel corporation pour 70 % des actions de la Téléco engendre, depuis le 30 décembre dernier, beaucoup de remous dans la presse haïtienne. D’aucuns parlent de liquidation de la compagnie nationale de télécommunications, sans toutefois avancer de chiffres sur sa valeur réelle.
Selon un contrat de concession de réseaux et services de télécommunications fixes et mobiles avec l’État haïtien, représenté par le Conatel, la Téléco détient des droits pour des licences d’exploitation évalués à 100 millions de dollars. Une licence nationale 3G mobile, une GSM (900 MHZ à 1900 MHZ), une fréquence d’Internet Wi-Max, 10 Gigabits de fibre optique connectant Port-au-Prince aux Bahamas et aux États-Unis.
Aujourd’hui, la Téléco ne représente que 2 % du marché des télécommunications en Haïti et constitue une charge pour l’État. Alors que la Comcel/Voilà et la Digicel parlent de millions d’abonnés, elle ne compte que 160 000 lignes. Pour sa survie, la Banque de la République d’Haïti injecte mensuellement 1,5 million de dollars.
En plus de l’apport financier, la Viettel, si l’acquisition est confirmée, devra apporter son expertise pour assurer le développement de la Téléco, de ses réseaux et services. Il faut noter que, selon l’économiste Eddy Labossière, en 2007, au moment du démarrage du processus de dégraissage de la compagnie visant à faire passer son personnel de 3 500 à 1260 employés aujourd’hui, il fallait 250 millions de dollars pour remettre la Téléco sur les rails.
PAS, privatisation, modernisation…
La modernisation de la Téléco fait partie d’un processus long de plusieurs décennies pour l’application du Programme d’ajustement structurel (PAS). La première tentative date de 1981 avec la signature entre le gouvernement de Jean-Claude Duvalier et le Fonds monétaire international (FMI) de l’accord de stabilisation économique qui prévoyait une large assistance économique conditionnée par l’adoption de mesures de réformes fiscales, de transparence économique ainsi que la lutte contre la corruption. C’est ce qui avait prévalu la nomination de Marc L. Bazin, en 1982, comme ministre de l’Économie et des Finances.
Après la chute de Jean-Claude Duvalier en 1986, Leslie Delatour est nommé ministre de l’Économie et des Finances, sous le Conseil national du gouvernement (CNG), pour prendre les initiatives devant aboutir à l’application du Programme d’ajustement structurel, dont les réformes du tarif douanier et la libéralisation des importations.
Les démarches se sont poursuivies durant le premier mandat du président Jean-Bertrand Aristide (1991-1995). C’est sous la première présidence de René Préval que le plan commence à se concrétiser avec le vote au Parlement de la loi créant le Conseil de modernisation des entreprises publiques, en 1996. Les premières entreprises à être privatisées furent la Minoterie d’Haïti et le Ciment d’Haïti. La première, aujourd’hui Les Moulins d’Haïti, a été acquise par un consortium haïtiano-américain composé de Unifinance, Continental, Seabord Corporation. La deuxième, Le Ciment national, par un groupe haïtiano-suisse-colombien, formé de Ciment national, Holderbank et Colecklinker.
Après la Téléco, des entreprises publiques comme Électricité d’Haïti (EDH), Autorité portuaire nationale (APN), Autorité aéroportuaire nationale (AAN), la Banque populaire haïtienne seraient sur la liste des entreprises à moderniser.