Wilson Bueno Largo, alias «Isaza », le guérillero colombien devenu célèbre pour avoir déserté avec un otage, est à Paris depuis le 10 décembre, après avoir touché un demi-million de dollars. À Bogota, ce cas fait débat, le président Alvaro Uribe ayant promis liberté et récompense à tous les guérilleros qui suivront l’exemple d’Isaza.
Le crime paye bien !
« J’envisage de prendre le maquis pour déserter et obtenir une bourse en France », ironise ainsi une étudiante, Paola Ruiz. L’ancien procureur Alfonso Gomez Mendez juge dangereuse une politique gouvernementale qui « fait savoir à la jeunesse que le crime paye bien ». L’offre présidentielle s’adresse à tous les guérilleros, y compris aux sept membres du « secrétariat », la direction suprême des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Nombre de chefs guérilleros ont été condamnés par contumace pour des crimes graves : assassinats, massacres, enlèvements. Le haut commissaire pour la paix, Luis Carlos Restrepo, a précisé que les guérilleros déserteurs et libérateurs d’otage bénéficieront d’une liberté conditionnelle, sans amnistie de leurs crimes.
Coûts pervers…
Amnesty International avait critiqué la proposition de M. Uribe, en rappelant qu’ « il ne peut y avoir d’amnistie ou de pardon avant jugement pour des individus ayant violé les droits de l’homme ou le droit international humanitaire ». Selon M. Restrepo, l’appât d’une récompense s’est avéré efficace pour inciter les guérilleros à déserter. De source officielle, plus de 3 000 d’entre eux se sont livrés aux autorités cette année. En mars, un membre des FARC apportait aux autorités la main coupée de son chef Ivan Rios, qu’il venait d’assassiner pour toucher la récompense. D’aucuns évoquent les « coûts pervers » pour la société de l’incitation rémunérée à la désertion et à la délation. « En promettant la liberté à des individus condamnés par la justice, le gouvernement fait peu de cas de la séparation des pouvoirs », souligne l’analyste Jorge Ivan Cuervo. M. Gomez Mendez rappelle pour sa part que « seul le Congrès est autorisé à voter une loi d’amnistie pour les délits politiques ». Tous deux s’interrogent sur l’indépendance du parquet qui, le 9 décembre, acceptait de ne pas accuser Isaza d’enlèvement, afin de permettre son départ pour Paris, en compagnie de l’ancien otage Ingrid Betancourt.
Un échange « humanitaire » : la liberté du guérillero contre celle de l’otage
M. Uribe a précisé que la situation des guérilleros qui s’échapperont en compagnie d’une de leurs victimes sera « à chaque fois assimilée à un échange humanitaire » : la liberté du guérillero contre celle de l’otage. Pour libérer leurs otages, les FARC, qui en détiennent encore une trentaine, exigent depuis des années un échange de prisonniers. « Paradoxalement, Uribe s’est toujours opposé à la négociation d’un tel accord humanitaire avec les FARC, note M. Cuervo. Ce serait, à ses yeux, reconnaître à la guérilla une dimension politique. Il préfère tenter d’obtenir au cas par cas la libération des otages et parier qu’il va ainsi venir à bout des FARC. » De l’avis des juristes, le pari est risqué.
Sources : AFP/Le Monde