Suite aux révélations de Lucy Komisar concernant les détournements de fonds de la Téléco à travers un contrat frauduleux accordé à la compagnie de téléphone américaine IDT, le Parti Fanmi Lavalas a réagi. La porteparole de l’ancien président Jean Bertrand Aristide, Maryse Narcisse, a banalisé les accusations selon lesquelles Jean-Bertrand Aristide aurait reçu des montants sur des appels longue distance vers Haïti.
Pour Maryse Narcisse, les informations concernant M. Aristide ont été fournies notamment par une journaliste du nom de Lucy Komisar qui aurait déjà enquêté sur l’ancien chef d’État à l’initiative d’une organisation réputée hostile à ce dernier « Haiti Democracy Project ». « Comment peut-on prêter foi à une enquête conduite par Mme Komisar, alors qu’elle est une ancienne salariée de Haïti Democracy Project », a déclaré Mme Narcisse au journal Haïti en Marche. Pour la porte-parole de l’ex-président, cette « opération vise également à donner une réponse politique à Fanmi Lavalas et à la grande mobilisation de la population haïtienne à l’occasion des 55 ans du président Aristide », le 15 juillet dernier.
Contrairement aux affirmations de Maryse Narcisse, le « scoop » de Lucy Komisar annonçant l’implication de James Courter, président de la compagnie IDT dans des détournements de fonds entre la Téléco/IDT et la compagnie écran appartenant à Aristide, Mount Salem Management, date du 11 juillet 2008, soit quatre jours avant la manifestation pro-Aristide du 15 juillet.
Dans cet article intitulé, « McCain Trailblazer Burned », la journaliste d’investigation annonçait l’amende de 1 million 300 000 dollars infligée par le Commission fédérale des Communications (FCC) à James Courter suite à son refus de publier le contrat signé entre IDT et la Téléco ; exigence faite par la loi sur les communications aux ÉtatsUnis. Cet article a aussi révélé qu’Aristide touchait 3 centimes sur chaque appel longue distance de 8,50 centimes d’Haïti alors que d’autres compagnies, telle que ATT, devait charger 23 centimes la minute.
Suite aux accusations de Maryse Narcisse, nous avons contacté Lucy Komisar ce 31 juillet. Cette dernière nous a affirmé qu’elle n’a jamais été salariée d’Haïti Democracy Project : « en tant que journaliste, j’écris des articles aussi bien que des rapports. Haïti Democracy Project m’a contactée et payée (dans le passé) pour écrire un rapport sur les liens entre Aristide et IDT sachant que je suis une experte en paradis fiscaux et en système de corporations secrètes. J’ai écrit 8 articles sur cette affaire et un seul pour Haïti Democracy Project », a-t-elle précisé. En tant que journaliste indépendante, Lucy Komisar vend ses articles à de nombreux médias :
« J’ai écrit des articles qui ont été rémunérés par Corp Watch, Inter Press Service, Portfolio.com, Business magazine et de nombreux autres médias. Mes articles devraient être jugés selon leur contenu et non par la personne et/ou l’agence qui me paye. J’attends que des critiques puissent prouver que ce que j’ai dit est faux », a-t-elle conclu.
Lucy Komisar a publié un autre article sur l’affaire IDT/Téléco ce 29 juillet intitulé «The smoking gun : the IDT-Haïti contract ». Sur son site web, Lucy Komisar a mis à la disposition du public, le contrat signé entre IDT et la Téléco, portant les signatures de Norman Rosenberg pour IDT, d’Alphonse Inévil, directeur général de la Téléco en 2003 et de Jean René Duperval, directeur du Bureau des affaires internationales de la Téléco.
De plus, alors que l’avocat d’Aristide, Ira Kurzban, s’est dressé en faux contre l’enquête de Lucy Komisar et menacé de mener des actions « contre les auteurs de ces diffamations », les copies de documents originaux démontrant qu’Ira Kurzban aurait touché près de 10 millions de dollars de frais des mains d’Aristide, notamment pour l’affaire IDT/Téléco, sont désormais disponibles sur le site de Lucy Komisar : http://thekomisarscoop.com/2008/07/29/the-smoking-gun-theidt-haiti-contract/
Après IDT, la Fusion du Parti démocrate
Après l’affaire IDT/Téléco, impliquant James Courter, ancien membre du Parti républicain au Congrès américain, c’est au tour du Parti démocrate d’être mis sur la sellette. Dans un article publié le 28 juillet par le Wall Street Journal intitulé « Aristide’s American Profiteers » (les profiteurs américains d’Aristide) et signé par la journaliste Mary Anastasia O’Grady, le Parti démocrate américain est pointé du doigt.
Selon l’auteure de cet article, « les revenus issus des appels longue distance constituaient une des rares sources de devises pour Haïti. Les coffres de la Téléco ont été retrouvés vides après le départ d’Aristide en 2004. Et pourtant, IDT a sans doute joué un petit rôle dans le pillage de la Téléco », écrit Mary Anastasia O’Grady. Elle poursuit en précisant, « un des acteurs encore plus intéressants (dans ce pillage) est (la compagnie) Fusion Télécommunications ». Selon cet article, l’implication de cette compagnie dans les appels longue distance en Haïti « remonterait aussi loin qu’au milieu des années quatre-vingt-dix, pas très longtemps après que Bill Clinton eut utilisé l’armée américaine pour retourner Aristide au pouvoir (…)
Toutefois nous ne savons pas si cela est vrai car les contrats de Fusion, qui selon les règles de la FCC devraient être rendus publics, ont été secrètement déchiquetés ».
L’auteure précise que « la Fédé-r ation fédérale des communications devrait décider d’ici le 26 septembre prochain si la Fusion devrait publier ou non ce contrat. Si le cas d’IDT a créé un précédent, les Américains ont le droit de savoir ce qui s’est passé entre les « Clintonistas » et Aristide. Les Haïtiens méritent aussi de connaître les responsables (de ce pillage) ».
Rappelons que c’est aussi en septembre prochain que les fonds que l’ancien dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier a dissimulés dans des comptes de banque, en Suisse, pourraient être remis à Haïti, si les titulaires des comptes ne peuvent démontrer la légalité de leur origine.
Dans un communiqué publié au début du mois de juillet, l’Office fédéral de la justice suisse avait donné ce délai aux détenteurs du fonds pour prouver la légalité de cette fortune. S’ils en sont incapables, les quelque sept millions de dollars qui s’y trouvent seront versés au gouvernement haïtien. En 1986, le gouvernement haïtien a déposé une demande d’entraide judiciaire, qui n’a été complétée qu’en mai dernier, ouvrant la voie à un transfert des fonds vers Haïti.
« Comme il semblait que la procédure d’entraide judiciaire aurait peu de chances d’aboutir, le Conseil fédéral a bloqué les fonds Duvalier sur la base de la Constitution en 2002. Il voulait éviter que la place financière suisse ne serve de refuge à des valeurs acquises illicitement.
En même temps, il chargeait le Département fédéral des affaires étrangères de soutenir l’État haïtien et la famille Duvalier dans la recherche d’une solution satisfaisante », précise le communiqué de l’Office suisse .
René Préval et le Parlement oseront-ils donner suite au cas Duvalier ? Beaucoup sont sceptiques.
En effet, cette démarche créerait un précédent pouvant entraîner d’autres enquêtes sur le régime d’Aristide… ou même de René Préval à la fin de son second mandat.
Nancy Roc, Montréal,
le 31 juillet 2008.